par Orjan Loma

Here[in] Dissidence.

Réserve tes 9 et 10 Décembre, ça vaut le coup.

Ça fait longtemps qu'on me parle d'Here[In]. Ça faisait longtemps que je persistais à passer à côté. Mais leur dernier album m'est récemment tombé dans les mains et en plus ils jouent le 10 décembre à la Rock School à l'occasion de la soirée Dissidence Rock, alors c'est un signe. Une chro qui parle de post-punk et de jambes.

Here[In] est un groupe à part, aussi intimiste que destructeur. Chaque chanson est pour eux l'occasion de développer une nouvelle facette de leur univers, une histoire qui se révèle au fil des écoutes et prend différents sens au gré de l'état d'esprit de l'auditeur.

Cet univers, bien que très sombre, n'est pas dénué d'optimisme. J'y trouve plutôt une impression un peu fantômatique, comme si leur musique était partout à la fois, se baladait au gré du vent des émotions humaines pour en prendre des photos et nous les restituer dans la gueule, plus vraies que nature, sans pour autant les accompagner de jugements. Dans "Shalom", la voix éthérée de Déborah nous parle du conflit israélo-palestinien vu des deux côtés, sans jamais prendre parti. En utilisant différentes tonalités et intonations, elle nous joue toute une pièce, transformant chaque morceau en un conte philosophique potentiel. C'est flagrant sur “Give a Horse its Head” et “An Eerie Feeling”, peut-être la plus belle piste de l'album, à dévaler dans tous les sens qu'on peut lui trouver.

La plus belle piste, mais pas la meilleure. Le niveau est élevé, mais la palme revient à “Under My Skin”, hidden track urgent à base de punk hurleur. Hystérique, braillard, sauvage. Toute leur efficacité canalisée en deux minutes, sur le fil. Comment un groupe peut-il se mettre en équilibre précaire alors que sa chanteuse a de si belles jambes ? Vous avez de la chance, j'ai Explikation !


A l'image des courbes de la Lisbeth Salander du rock bordelais, Here[in] oscille toujours sur des vagues émotionnelles ou mentales, entre cris de guerre rageurs et réflexions désabusées lâchées à qui cherchera à les comprendre. “Facts of life” en est l'illustration parfaite.

Et puis en même temps, des jambes, c'est classe. C'est sexy. C'est froid quand on les laisse traîner trop longtemps en dehors du lit, en quête du sommeil qui viendra pas. Le cold-rock d'Here[in] est exactement pareil. Un son stylé, qui en impose par le charisme dégagé par ces 5 musiciens. “Under my skin”, encore une fois. Ce désir qu'on a au fond de soi, la quasi-obligation de se battre pour lui permettre de s'exprimer. Here[in] laisse sortir le grand méchant loup, et on va pas s'en plaindre, au contraire.

Loin de l'époque basique des appétits bestiaux façon “Petit chaperon rouge”, le monstre sombre, à la fois parasite et compagnon, soulève des questions existentielles très importantes pour explorer ce qui se cache sous la surface de l'esprit humain. Entre rêve et folie, Here[in] nous ouvre les portes de son univers où rien n'est noir ou blanc, mais les deux à la fois et bien plus encore.

 

Plongée au coeur de soi-même, vers l'infiniment grand. Une force inconnue à maîtriser. Ca te fait rêver hein ?

 

Onirique et perturbé, torturé et exultant, enragé et planant, le groupe possède un côté post-punk, et pas seulement dans son état d'esprit constructif. Expérimentale et aventureuse, l'équipe de choc frappe là où on le l'attend pas, à l'image du super hidden track. Tu croyais que c'était fini ? Tiens, manges-en encore un peu, de toute façon t'avais encore faim. L'immatériel est bien souvent à l'honneur, même quand il est paradoxalement matérialisé (“Box”). En fait y'a de quoi faire une disserte de philo sur le groupe, mais c'est pas le sujet.

Techniquement, le groupe est toujours dans la mesure. Jamais de prouesses instrumentales pour le fun, malgré une maîtrise musicale certaine. Arpèges à la basse, boucles d'harmoniques, slides ambiants, pêches, batterie au groove parfois très jazzy... tout y est. On découvre de nouveaux détails au fil des écoutes, et ça, c'est bien. C'est la preuve que c'est un grand groupe. D'ailleurs ils ont ouvert pour Punish Yourself, si y'a des gothiques dans la salle [GREEEEEEEEEEEEEEEEEEEUH] ils comprendront.

Introspectif, psychologique (en même temps quand ton bassiste s'appelle Lacan, tu vas pas faire dans le rock de comptoir) et intelligemment philosophique, Overdream est un album plutôt complet, mais qui laisse un goût d'inachevé. Une fois qu'on l'a fait tourner plus de 20 fois dans sa chaîne, l'envie d'aller chercher ce truc qui manque devient obsédante. Et si on pouvait le trouver en concert ?

Réponse le 10 décembre à la Rock School, où Here[in] jouera à l'occasion du festival Dissidence Rock, et ce sera leur dernière date avant un moment, alors jetez-vous sur les places. Plus d'infos ici : https://www.facebook.com/event.php?eid=139797442785795

Une prog de fou furieux, donc, et il y en aura pour tous les goûts. Du rock burné au funk en passant par le post-cold progressif, ce sera l'occasion de s'ouvrir l'esprit à moindre coût (6 fois moins cher qu'une séance chez le psy, et beaucoup plus efficace.) Venez donc vous éclater dans la fosse, ça va être un grand moment.


 

C'est un peu du grand n'importe quoi niveau photos, mais vous pourrez pas dire que je vous ai habitués à mieux ;)

 

Orjan.