OCTOPUS, bête à 20 bras de Philippe Decouflé
Les 20 et 21 janvier en représentation à l'Olympia à Arcachon.
Tout ce qui peut se rapporter à cette bête, mollusque aux multiples bras, serait sans doute le fait de réunir sur un même plateau huit danseurs pour huit tableaux, comme une sorte de métaphore de ses tentacules. Mais le rapprochement s'arrête là. Pour le reste, Philippe Decouflé nous livre un hymne à la beauté qui nous est décliné à travers ce rock-ballet.
Comment on en arrive à Philippe Decouflé, pour une personne comme moi, sensiblement plus attirée par la musique que par la danse ? Simplement en s'apercevant que la B.O composée pour la nouvelle création de Philippe Decouflé, Octopus, est le fruit du prodigieux et inclassable Labyala Nosfell. Plus qu'une simple bande son, la partition jouée en live par le duo que forme Pierre le Bourgeois et Nosfell suffit à donner une amplitude réelle et magnifique à ce ballet. La beauté est donc ainsi toute entière décrite, des muscles tantôt sculptés des danseurs aux cordes vocales aiguisées du chanteur. La beauté se décline, tableaux après tableaux. Beaucoup de codes sont en jeu, des lumières aux corps, des ombres aux couleurs, du noir aux blancs, des noirs au rouge, celui des lèvres ou des vêtements, des shorts aux seins nus, des talons noirs aux poils de gnous. Jeu de langues, jeu de vilain(e)s ?
Ce ballet de danse contemporaine nous plonge ainsi dans un univers loufoque où même les hommes portent avec beaucoup de maîtrise de hauts talons noirs, les femmes tiennent des discours alambiqués sur la puissance du sperme, les hommes sculptent leur corps à la manière et à la sueur des culturistes. Du décor aux costumes, aux lumières sur le plateau, tout est fait pour mettre en scène le corps, sous toutes ses coutures, tout pour le magnifier, le désirer, le manipuler à l'extrême, le tuer aussi. Philipe Decouflé utilise la vidéo pour nous donner des vues aériennes de son ballet et nous les offrir sur scène, des caméras infra-rouges dessinent des mouvements colorisés de cordes. Les lumières, elles aussi, participent à la danse pour mettre en évidence, tantôt le torse, les jambes, les pieds ou la tête de ses danseurs. La beauté des images qui se meuvent devant nous, percutent, attirent, enchantent.

Très graphique et géométrique, parfois déstructurée et burlesque, la chorégraphie résonne et fait corps (à son tour) avec la musique interprétée par Nosfell et Pierre Le Bourgeois. Le duo, disposé de chaque côté de la scène, a pris le parti de créer une ambiance musicale électrique mais toujours, oui toujours, avec cette voix sublime et habitée de Nosfell. L'étendue de sa voix, d'une pureté lumineuse jusqu'à la limite de sonorités obscures, sait se faire aussi plus rauque, écorchée, presque animale (à l'image du corps, mi-homme mi-gnou qui se déhanche sur scène). Et toujours dans une justesse délicieuse et déconcertante.
Ainsi, plus qu'un hymne à la beauté, de ces deux univers artistiques que sont la danse et la musique, c'est un véritable hommage au(x) corps et à tous ses possibles auquel nous invite Philippe Decouflé. De ce corps qui s'étire, se noue, s'habille et se dénude, sensuel et fort, s'articule, se multiplie, s'anime et se déchire.
Sensorielle, cette création interpelle aussi bien l'oeil que nos oreilles et finit par nous envoûter.
Ce spectacle fera escale à l'Olympia à Arcachon les 20 et 21 janvier prochains.Il n'y a pas à hésiter ...
Cie DCA

