NewsExpositionsThéâtre & DanseConcertsChroniquesReportages Agenda
HAPPEN

>
Guide des
Archives
  ||Nous contacter||

Vendredi···[ 10/09/2010]

le Guide des Archives
· Artistes
· Assos
· Bars / Cafés
· Boutiques
· Chroniques disques
· Chroniques livres
· Cinéma
· Concerts
· DJs & DJettes
· Evénementiels
· Expos
· Fanzines
· Festivals
· Littérature
· Restaurants
· Sites internet
· Société
· Spectacles
· Théatre
· Urban culture


L'agenda du jour
· Exposition graffeur Blade
09:00 - galerie Kuryos

· Exposition de Benoît Maire "L'espace nu"
10:00 - F.R.A.C Aquitaine

· Exposition: Le Patrimoine fait l'école buissonnière: regards insolites sur la collection
10:00 - Bibliothèque Municipale de Bordeaux

· Big - Bjarke Ingels Group
10:00 - Arc en rêve, centre d'architecture

· Exposition "Un été, une oeuvre" - "Tabagies et compagnies"
10:00 - Musée National des Douanes

· Exposition de Jim Shaw "Left Behind"
11:00 - CAPC (Musée d'Art Contemporain)

· Mémoires d'Estuaires / Pierre Bidart et Jean-Christophe Garcia
11:00 - Arrêt sur l'Image

· Béton et design - Nouveau béton/Nouveaux usages
13:00 - Le 308-maison de l’architecture

· Exposition Autel Particulier
14:00 - La Morue Noire

· Exposition "BOUDDHA LA PAIX" de MA TSE-LIN
14:00 - 22 Rive Gauche

· RETROSPECTIVE Isabelle Boulin
14:00 - Site des Terres Neuves

· EVENEMENT / GRAND PARC EN FÊTE
15:00 - Le Grand Parc

· Hervé Le Treut Nouveau climat sur la Terre : comprendre, prédire, réagir
18:00 - Mollat

· Vernissage du SALON DE LIBRE EXPRESSION ARTISTIQUE
19:00 - Bègles

· Vernissage de l'exposition "HYPERBEAU" de Max Boufathal et Claire Soubrier
19:00 - Galerie Tinbox

· Annita Babyface and the Tasty Poneys + Tiny Terrors + W-Mute + Zooplancton
20:00 - Le Hold'Em Saloon

· La Dorade
20:00 - Funky Burger

· Vernissage - Expo SOMOS IRMAOS
21:00 - Le Zig Zag

· Swingin' Carpets
21:00 - Le Chat Gourmand

· SOY
21:00 - Le Café des Moines

· Session de musique irlandaise
21:00 - Le Black Velvet

· Lo Jay Trio : Hommage à Anita O'Day
21:00 - Amadeus Song

· Festival Ouvre la Voix!
21:00 - Rock School Barbey

· Tabloid John
21:30 - L' Antidote

· ROOTS OPEN BLUES Présente Blues a caballo
21:30 - Chez le Pépère

· Réouverture du Chat qui pêche - Soirée Jazz-Classique
22:00 - Le Chat Qui Pêche

· Blues Jam Session
22:00 - Le Congo Café

· Stereoheroes + Be Trash
23:55 - Le 4 sans

· Live Adiktion #3 : Session Electro - Ji-Ben Gong + V.Truder (Soundlab Crew) + DJ T2B
23:55 - B.T 59





 Accueil   Forums   Répertoire   Portail web  |  Numéro: 

Ok

Note : Vous consultez actuellement une édition d'archive du magazine.
Le dernier numéro d'Happe:n se trouve par ici...


Pages de résultats : 1 - 2  ••• Suivante
  Chroniques livres  


Quand la fiction rencontre l’œuvre d’art

L’art et la littérature s’allient pour nous offrir deux écrins
En ces temps estivaux, il est de bonne augure de se laisser envahir par nos envies les plus profondes. Respirer l’air de l’herbe fraichement coupée, s’imprégner de la chaleur d’un soleil doré à souhait, allongez-vous et laissez libre court à votre imagination. Pour vous aidez, le Frac Aquitaine, lance, le 2 juillet prochain à la librairie Olympique, deux nouveaux textes de Daniel Foucard et Noëlle Renaude dans la collection « Fiction à l’œuvre ».

Cette collection émane d’une rencontre entre les éditions MIX, dirigées par Fabien Vallos et le Frac Aquitaine dans le but de découvrir notre patrimoine artistique autrement ou du moins sous un autre angle jamais exploité jusqu’à présent. Ce projet consiste à inviter des auteurs, d’horizons et de styles différents, à prendre en otage une œuvre issue de la collection du Frac Aquitaine et de se l’approprier. L’œuvre peut être contexte, environnement, thème, protagoniste, personnage secondaire, être présente sans l’être, ou n’être qu’accessoire. La collection donne toute liberté à l’auteur.
La fiction s’empare de la signification de l’œuvre, on la visualise autrement, on peut la manipuler sans pour autant la dénaturer. On ne la touche pas, mais elle nous touche, elle éveille nos sens, nos sens cachés, enfouis au fond de nous-mêmes. On dévoile un autre discours sur les œuvres, on les voit différemment. « Cette édition repose sur l’envie de faire se multiplier les lectures autour d’une œuvre, dans un esprit de curiosité et sans a priori. » L’œuvre est mise à nue.

Une œuvre d’art n’est pas forcément ce que l’on voit, ou ce que l’artiste a bien voulu nous montrer d’elle, elle est bien plus que cela. Une œuvre d’art possède une aura, une enveloppe fluctuante qui ne cesse d’interagir avec le monde qui l’entoure et qui attend de chaque rencontre qu’elle s’ouvre à elle, à son imaginaire propre. Alors rien de mieux pour développer notre imaginaire que ces textes d’une intensité pour l’un et d’une fraîcheur pour l’autre.

Un texte qui prend appui sur l’œuvre de Roman Opalka, qui par des gestes répétitifs, marque de son sceau le temps qui passe, une sorte d’autoportrait figurant les différentes phases de sa vie. Noëlle Renaude, dans son récit, se saisit de ce questionnement autour du temps pour en faire un sujet de discussion entre plusieurs personnages. Pleine d’humour, cette nouvelle touchante nous transporte. Daniel Foucard, pour sa part à retenu les œuvres de Reena Spaulings et de Claude Lévêque dans un récit qui met en exergue la vie automatisée et robotisée d’une communauté qui planifie son isolement. S’assujettir ou s’affranchir, une fiction qui nous mène dans un labyrinthe énigmatique. A vous de découvrir quel est le lien qui unit ces deux œuvres et quelle est leur relation au récit.

Happen a savouré et en redemande encore. On vous invite alors à vous procurez dès à présent ces petits bouts de papiers, œuvre d’art à part entière.

M"B"

Parution le 2 juillet à 18h à la Librairie Olympique

« De tant en temps » de Noëlle Renaude
« ONE » de Daniel Foucard
Editionc MIX
Texte, illustration couleur, 72 pages
7€
En vente dans toutes les librairies et sur le site des éditions MIX
http://www.editionsmix.org
http://www.frac-aquitaine.net

Article paru le (01/07/2010) - Numéro : N°74 - Juillet-Août 2010  

"Le Retour" de Bernard Schlink

« C'est seulement la nostalgie d'une image que je me suis faite de mon père et à laquelle j'ai accroché mon coeur. » Le Retour, Bernard Schlink .

J’avais encore oublié de rendre un livre à la Bibliothèque de l’Université : trois semaines de pénalités et plus un livre pour égayer mes longues soirées d’hiver.
Mon stage m’avait donné l’occasion d’aller au Goethe Institut et l’idée me vint d’y aller pour y emprunter un bouquin.
Peu de personnes connaissent leur bibliothèque et c’est bien dommage car l’on peut y emprunter gratuitement toutes sortes d’ouvrages (littérature allemande en langue originale, ou français, dvd…)

Mon choix s’est alors porté sur le Retour de Bernard Schlink dont j’avais apprécié le Liseur. qui m’avait laissé un souvenir encore prégnant.

Le Retour nous raconte l’histoire de Peter Debauer, allemand né à la fin de la deuxième guerre mondiale, et élevé seul par sa mère. Une mère qui parle peu ou du moins seulement pour dire ce qui lui semble essentiel et qui évite soigneusement de revenir sur le passé comme sur ses souvenirs avec le père de Peter, que ce dernier n’a jamais connu. Et, là où le silence s’installe, l’imagination s’immisce.

Comme chaque année, Peter passe ses vacances d’été en Suisse chez ses grands-parents paternels qui lui prodiguent l’affection dont il souffre parfois. Ses grands-parents travaillent comme relecteurs pour une collection littéraire populaire. Pour écrire ses brouillons de devoirs de vacances, le jeune Peter utilise des épreuves avec l’obligation formelle de ne jamais lire au dos des précieux feuillets.
Mais un jour, il finit par enfreindre l’interdit et tombe sur un journal écrit par un prisonnier allemand en Sibérie qui raconte son échappée du camp russe et son retour en Allemagne dans la solitude, sa femme ayant refait sa vie en son absence.
Dès lors le jeune Peter se persuade que ce prisonnier est peut-être son père : les détails donnés par le prisonnier allemand semblant coïncider avec sa propre vie. Ne serait-ce dû qu’au seul fruit du hasard?
Plus tard devenu juriste, il continue à être obsédé par cette histoire et décide de mener sa propre enquête, ses recherches le conduisant alors vers l’histoire de sa propre famille et vers celle de l’Allemagne.

Au fil des pages, on partage ses doutes et ses interrogations notamment sur le bien et le mal sans que jamais l’auteur tombe dans un moralisme primaire.
Tout est détaillé avec minutiosité et l’on se laisse rapidement porter par l’histoire : une histoire traversée par des thèmes chers à Bernard Schlink comme le mensonge, le libre arbitre ou encore la culpabilité, reflet d’une Allemagne encore hantée par son passé.




Bibliothèque du Goethe Institut
35, cours de Verdun - 33000 Bordeaux
Livres en allemand, traductions d'auteurs allemands en français , ouvrages de références et dictionnaires , journaux et hebdomadaires allemands , revues spécialisées allemandes , bases de données sur CD-ROM et Internet…

Lundi au vendredi : 14h - 18h et mercredi : 10h - 12h et 14h - 18h

Bibliothéquaire : Veronika Hillmann
Tél. +33 5 56484265 - Email : vhillmann@u-bordeaux3.fr

Article paru le (01/05/2009) - Numéro : N°61 - Mai 2009  

NPI

de Hugo Vella


L'auteur, Hugo Vella, bordelais de 27 ans est concepteur-rédacteur dans une agence de publicité parisienne, et a choisi les rues de Bordeaux pour tisser la toile de ce chassé-croisé psychologique.

"C’est tout à fait ça mon père, exactement!"
Cette première phrase qui ouvre le récit dévoile la mosaïque des personnages, et emmène le lecteur dans un jeu de pistes analytique et torturé.

NPI parle de la génération son auteur, une jeunesse contradictoire, partagée entre des sentiments sincères et une âpre réalité. Au travers de portraits de garçons et de filles, le narrateur raconte d'abord les amours, les doutes et les certitudes, les contradictions d'une sexualité à la fois libre, et perdue. Dans cette une mise en scène désabusée des âmes celle du narrateur occupe peu à peu tout l'espace, personnage tout entier tissé des histoires des autres, et qui finira par écrire la sienne, une histoire unique.

Un premier roman moderne, original et bien ficelé qui mérite d'être "percé à jour" pour le plus grand plaisir du lecteur, et d'être "réfléchi" autant "qu'avalé", ce qui est rare...

NPI de Hugo Vella
Editions Edilivre
http://www.edilivre.com/doc/2371




Article paru le (01/09/2008) - Numéro : N° 55 - Septembre 2008  

"Jeux de Paumes" / Marc Menonville

Chez Rivages/Noir
Un roman trouvé par hasard, à la Bouquinerie de la rue Sainte Catherine...Une collection que j'aime beaucoup, une couverture un peu glauque et un résumé plus que nébuleux...J'achète! A tâtons donc...Il s'est avéré en cours de lecture, que ce roman noir, publié en 95, se trouve très bien coller avec l'actualité du moment, (comprenez 22 avril...etc...) à savoir décisions politiques, manipulations médiatiques, et contrepoint cynique et caustique apporté par un enquêteur poivrot et mélomane...L'auteur, Marc Menonville, a attendu d'avoir 50 ans pour écrire des romans, après avoir été journaliste international et parcouru le monde. Ce qui explique pourquoi ce roman de fiction semble si proche de la réalité...
Tout commence de manière assez classique avec plusieurs séries de meurtres avec des modus operandi similaires et des mutilations qui empêchent l'identification des cadavres.En cela, rien de bien original, jusqu'à ce que se mette en marche la machine judiciaire et que les affaires remontent au plus haut des ministères de l'Intérieur et de la Défense...On voit alors se mettre en branle un système de manipulation et de désinformation où en gros, chacun des protagonistes veut faire porter le chapeau à qui il veut et on décide d'imputer la responsabilité des meurtres à des terroristes qu'ils soient d'Irlande du Nord ou de Syrie. En parallèle, l'enquête est confiée en sous main à l'inspecteur Le Bihan, personnage pittoresque qui nage dans le whisky , chante du Bach à ses chats et dont le vocabulaire est aussi fleuri que les dialogues des Tontons Flingueurs...L'intérêt du bouquin réside plus à mon sens dans le parallèle ironique et satirique des enquêtes (celles menées par les différents services officiels et celle de cet inspecteur complètement foutraque) que dans le dénouement qui signale de manière assez détachée que rien ne remet en cause les institutions judiciaires et les hautes autorités, même s'il s'avère que leur incompétence est démontrée par a+b...

Article paru le (01/04/2007) - Numéro : n° 40 - Avril 2007  

La Chronique de Chatte

"La Sorcière" de Michelet • GF Flammarion
Le mois dernier, j'évoquais déjà ce livre passionnant bien que partial qui retrace (ou plutôt explicite) l'avènement de la sorcellerie. A travers cet ouvrage, Michelet dénonce le genre humain et ses peurs, entretenues de façon très calculée par la religion chrétienne. Car sans religion, nulle sorcellerie au sens courant du terme. Après tout, l'action magique a toujours existé! Mais ce n'est qu'après la chute de Rome qu'elle devient l'apanage du catholicisme avec le miracle. Croire en autre chose devient alors péché. L'Eglise, pour mieux apesantir sa mainmise sur la masse populaire, interdit et réprime donc durement tout acte magique, non religieux, afin que ses ouailles demeurent sous sa coupe.

Donc, petit rappel historique : la Rome Antique et ses dieux vaincus, l'ère des papes s'achemine vers le Moyen Age (bas et haut) avec la tranquillité de qui a le pouvoir, l'argent. D'où viennent ses attributs?
Pour le pouvoir, par un positionnement politique au mieux avec la monarchie (apogée sous Louis XIV, soi- disant de droit divin), sans oublier la culture de la peur (notion de péché, menace d'excommunication) qui n'est pas sans rappeler la religion juive (notion de punition proche du dieu/vengeur Yaveh).
Pour l'argent, il s'agit de mannes diversifiées : dons, conquêtes, ordres de moines mendiants et surtout cette sorte de dîme qu'est la quête! Et puis, à l'époque, le clergé est le seul organisme disposant du savoir. C'est lui et lui seul qui représente le corps enseignant (pour les mieux lotis, cela va sans dire...), et seul habilité à établir l'état civil (payant).
C'est donc en cette ère obscurantiste (concept très en vogue chez l'homme politique et ce depuis toujours) qu'apparaît ou plutôt réapparaît la sorcière. En effet, elle n'est que la version noircie de la Pythie, la Sibylle antique. En gros, l'ancêtre du médecin, l'origine de nos sciences modernes. A la différence près qu'elle est vite l'objet de craintes et non pas de respect puisqu'elle en appelle à un savoir non pas religieux (et donc intellectualisé) mais pratique : elle ne craint pas, elle teste, elle affine...
Et puis surtout, elle est le seul recours pour le peuple, vous savez la piétaille, celle qui est la propriété du seigneur (née pour lui et souvent par lui), quand la religion ne peut plus rien et cela devient monnaie courante en cette époque de grande calamités (peste, lèpre, guerres sans fin...)
L'Eglise n'a plus alors qu'un recours : affilier la sorcière au démon. Ce qu'elle fait sans remords afin de rétablir cette chappe de plomb qu'est l'obscurantisme et qui lui profite pleinement. Pour ce faire, elle va avoir recours à des méthodes barbares, infâmes (qui ressurgiront sous des formes plus poussées) : c'est l'inquisition, ère de délation, de tortures gratuites (sadisme avant l'heure).
Il y a alors diversification de l'état de sorcière. Auparavant, il y avait la nature, l'hérédité qui la façonnait. Ensuite il y a l'intention avec l'apparition du pacte diabolique. De là, cette pauvre femme devient alors l'instrument : la possédée. On pourrait croire dès lors que la religion va lui tendre la main pour la secourir...Que nenni! Il vaut mieux encore la punir encore et toujours, car de par son sexe, elle est avant tout la faute originelle!

En fait, ce livre traite du malheur de naître femme dans un monde où le pouvoir se veut une exclusivité masculine. Même la Sainte Vierge tant respectée n'a jamais été considérée comme ayant une volonté propre. La seule sainte indépendante semble avoir été Marie Madeleine, raison pour laquelle les écrits ne luio laiissent que peu de place...Même Hécate, la déesse lune n'a pas fait le poids!

Née pour subir et pleurer, la femme, en devenant sorcière, revendique son autonomie. Abandonnée, rejetée de tous, ils accourent de partout, tournant le dos à leur maître afin d'être secourus. Ainsi naît la jouissance qu'elle éprouve de ce nouveau pouvoir. Les prêtres ne l'accepteront jamais, non par croyance mais par frustration : ils n'auront jamais l'aura féminine, celle de la mère protectrice. Même les religieuses ne sont pas à l'abri de leur courroux. Que l'une d'entre elle ait une révélation, une seule et la ferveur du peuple à son égard la leur fait tenir en horreur.
Apparaissent alors les procès sans fin où les illuminées sont clouées au pilori. Car il est facile dans cette époque d'ignorance d'abuser d'un peuple d'illettrés!

Et le diable dans tout ça? Eh bien, il n'est plus qu'un instrument de communication, de marketing, vulgaire packaging qui subit la saisonnabilité de la tendance...

On en voit encore la trace aujourd'hui au travers des différends religieux et politiques en cours : sermons explicites, mises à mort, discours étatiques...
Sortes de piqûre de rappel...

...............................................................par Chatte

Article paru le (01/03/2007) - Numéro : n° 39 - Mars 2007  

La Chronique de Chatte

"Tristesse et Beauté" • Yasunari Kawabata éd. Livre de poche
Tristesse et Beauté (ou la Sainte Trinité)

Alors voilà ! La chronique de Chatte se téléporte à Bruxelles… Mais pourquoi alors aborder un auteur asiatique tel que Yasunari Kawabata ? D’abord parce que j’aime son écriture sombre, poëtique. Ensuite, parce que je viens de voir l’expo dédiée à Araki au musée de la photographie à Charleroi, ville minière, industrielle par excellence (avis aux amateurs de Neubauten !). Et puis la capitale européenne recèle en son sein des contradictions de l’auteur. Là encore l’écrivain nous parle de femmes, mais contrairement aux «Belles Endormies», elles ne sont pas que des spectres passifs permettant la réflexion à un homme d’âge mûr… Ici, il s’agit de tragédie racinienne : Jézabel multiples et transposées qu’une seule passion anime : Vengeance ! Mais se limiter à ce seul concept serait au combien réducteur…

En effet, il faut toujours garder en toile de fond que Kawabata est fasciné par La femme, qui est forcément plurielle en même temps qu’Une. Etrange, d’ailleurs, l’idée très chrétienne du mi-ange mi-démon posée en concept par un familier du Zen ! Tout comme chez Araki, la femme est sans limite à tel point qu’il faut la contraindre : Chez le romancier, intellectuellement et chez le photographe, physiquement (bondage)! Tout comme la religion catholique le fit en la catégorisant uniquement selon 2 critères l’ange (la Sainte) ou le démon (la Sorcière)! Mais tout ceci n’est après tout que rhétorique, venons en au fait, au roman…

« Tristesse et beauté » parle donc de femmes, et de la femme dans tous ses états : la jeune fille tentatrice, l’épouse et mère, la femme vieillissante. Mais dans tout cela un point commun : l’opiniâtreté, pas l’entêtement, non, cela n’est pas assez fort ! Et puis la «racine du mal» ne serait pas assez profonde. Dans ce livre mélangeant tout à la fois amour, passion, haine et renoncement, il n’y a qu’un pas à la «Sorcière» de Michelet !
Il y a donc tout d’abord l’homme (car à l’origine de tout drame on trouve le mâle), amant, mari, père de famille, romancier respecté. Ensuite, la femme : la maîtresse, la femme, la novice (en une sorte de vaudeville qui se mord la queue). Et enfin, le fils (victime, catalyseur ?).Nous sommes en route (en rade ?) pour la tragédie…

Ce qu’il faut savoir : Oki est un romancier sur le retour : la cinquantaine, père de famille, et surtout vieillissant. Alors avant que les Parques se rappellent à son bon souvenir, il décide de revoir un amour perdu qui contient sa dose indispensable d’inachevé… Pourquoi ? Parce qu’il a raté le coche ? Parce que l’habitude le fait mourir à petit feu ? Nul ne sait, mais il prend le train. Et ce mouvement régulier, monotone et pourtant symbole de liberté, d’évasion, va ponctuer le roman de A à Z, seule trace de vitalité, de changement, car sinon tous les protagonistes sont prédéterminés, figés dans leur rôle : L’homme a forcément des regrets, la femme entretient naturellement une jalousie impuissante, la maîtresse un renoncement confinant à la dévotion, et la novice tout cela à la fois !
Car la novice n’est que le fruit de cet amour défunt, sorte de succube qui se réveille à contretemps, qui porte en elle toute la passion et le désespoir (voir d’autodestruction) de ces non couples.

Mais revenons à nos moutons… Si Oki prend le train c’est pour :
1. Ecouter les cloches qui annoncent la nouvelle année (le glas)
2. Revoir Otoko, sa muse

Or la muse a su s’affranchir de son maître. Elle a une vie propre (comme toute muse qui se respecte) et ce rapprochement ne peut se faire sans heurts… Car elle a engendré à son tour une disciple, une fille spirituelle, qui elle, conjugue tout à la fois les qualités de l’épouse (fidélité, amour) et de l’amante (jalousie, don de soi) qu’elle est.

Donc ce livre n’est plus l’histoire d’un homme et d’une femme), mais bien celle du fruit (illégitime en toute circonstance) de leur relation jetée aux oubliettes.

Et le fils dans tout cela ? Et bien, c’est un peu la victime et un peu le leitmotiv de cette histoire sombre comme un cliché de Araki : L’Agneau chrétien sanctifié à l’autel de l’amour !

PS : Très belle préface de Linda Lé.

Article paru le (01/02/2007) - Numéro : n° 38 - Février 2007  

"La Peur et la Chair" - Giorgio Todde

[Folio Policier] • La Chronique de Chatte
Quand on évoque la Sardaigne, la première chose à laquelle on pense est : Chaleur...
Ensuite on se laisse gagner par la torpeur, bercé par le chant des cigales et les exclamations teintées de bonne humeur des commères locales.
Lourde erreur ! A Cagliari, ville écrasée par le soleil, prise en tenailles entre la mer qu'elle rejette et la terre qui l'ignore, l'atmosphère est délétère, menaçante ; ses habitants granitiques (en même temps que sans consistance) semblent tout droit sortis de « Ces gens-là » de Brel : Nous sommes à la fin du XIX' siècle dans une petite ville où l'étroitesse d'esprit rivalise avec la peur de l'autre. Et quoi de mieux pour nourrir la « sainte bile » que des morts violentes, un jeune légiste en quête d'amortalité des corps, une douairière économe même de son souffle, des pratiques judiciaires d'un autre âge car relevant de l'inquisition ; et encore : un trafiquant d'opium, une cantatrice vieillissante, des troglodytes ayant élu domicile dans le cimetière et plus communément dits « ceux des tombes » !
Tous ces imparfaits vont et viennent dans un bien étrange ballet où la peur et la chair se nourrissent l'une l'autre...

Article paru le (01/12/2006) - Numéro : N° 36 - Décembre 2006  

"Oedipe Roi" - Lamaison - Sophocle

[Folio Policier] - La Chronique de Chatte (II)
Alors voilà, tout le monde ou presque a un jour ou l'autre croisé le chemin d'OEdipe au gré de l'humeur de nos profs de français ou de philo selon l'âge. Pour les autres n'ayez pas peur, mais méfiance car il n'y a pas que les chairs qui souffrent...
Grande nouveauté cependant, car là où nos enseignants s'échinaient à transmettre à nos esprits abscons la beauté du verbe originel s'acharnant plus qu'il n'en faut sur la syntaxe et les problèmes de dialectique de la langue hellénique, Didier Lamaison nous propose une vulgarisation du drame oedipien en introduction de sa propre traduction de !'oeuvre sophocléenne. Car introduction est vraiment le mot adéquat (vulgarisation aussi d'ailleurs) : l'auteur endosse son rôle de choeur et pose le décor de l'action oedipienne. Il s'agit d'un prélude, un préambule, car la mythologie ne peut se découper en chapitres bien déterminés : tout est lié, tout interagit. [histoire d'oedipe ne commence pas avec son arrivée à Thèbes, encore moins avec sa naissance ! [histoire d'oedipe est celle de l'Homme fils des Dieux, en même temps que leur esclave, leur créature. Elle dit la destinée d'une filiation à huis clos dès l'origine, et plus encore la dualité du genre humain qui tout en tendant vers la perfection (bon fils, bon roi, bon époux, bon père...) ne travaille qu'à sa perte, son annihilation (crédulité, lâcheté, autodestruction, renoncement...).
Alors si je vous dis que Thèbes à l'instar de Rome est issue du sang de guerriers que l'on a fait s'entretuer sans vraiment y penser, et que la logique ne peut vaincre l'oracle surtout s'il est aveugle, la boucle est bouclée me répondrez-vous. Même pas ! Elle annonce juste d'autres destins tragiques, d'autres amours interdites, mortes nées, passées et à venir...

Article paru le (01/12/2006) - Numéro : N° 36 - Décembre 2006  

La Chronique de Chatte

"Testament à l'anglaise" • de Jonathan Coe
Bien que critique sociale et politique de l’Angleterre travailliste, «Testament à l’anglaise» reste avant tout une fiction écrite comme un polar. A moins que ce ne soit l’inverse... ! Tout ici nous rappelle que le réel et l’imaginaire ont souvent tendance à se confondre (V pour Vendetta, Soleil Vert …).
Alors, quelle différence entre ce roman et une énième télé-réalité, un x ième docu-fiction ???
Eh bien cela n’a rien d’un sitcom au rabais !!!
Ici pas de larmes, car la parole est surtout donnée à l’ «upper-class» britannique, celle qui décide, qui règne, et le héros n’est plus qu’un rouage d’une mécanique bien huilée, qui ne fait que subir les conséquences des décisions politiques, économiques et sociales des années Thatcher. De quoi réfléchir sur le devenir français, non ?

Article paru le (02/11/2006) - Numéro : N° 35 - Novembre 2006  

La Chronique de Chatte (suite)

" Servir le peuple " • de Yan Lianke (Picquier)
Servir le peuple ! : Slogan historique, justification politique, doctrine ingurgitée de gré et de force (….), le jeune Wu Dawang ne se doutait pas que son application au sens le plus strict le conduirait droit dans le lit de l’épouse de son supérieur…
Yan Lianke nous entraîne avec ce roman - interdit en Chine dès sa parution (2005) – dans un huis clos torride peu banal où les sens exacerbés des deux protagonistes, formatés par la propagande maoïste, ne peuvent finalement s’épanouir que dans la destruction de ce qui les caractérise : leur rôle dans une société niant toute forme d’individualité.
Mais de cette histoire de sexe (et de mort ?) la Chine révolutionnaire ne ressortira pas indemne.
Epoque à la fois tellement lointaine au regard de mégalopoles ultra occidentalisées comme Shanghai et si proche lorsque l’on voit encore dans certaines communautés - comme chez les Miao (sud-ouest de la Chine)- trôner le portrait noirci de Mao dans la pièce principale (!), l’auteur nous crie ici son déni de la masse, du nombre.
J’aime à penser ce roman comme illustration du vieux principe du « battement d’ailes du papillon » ...

Article paru le (02/11/2006) - Numéro : N° 35 - Novembre 2006  

Pages de résultats : 1 - 2  ••• Suivante


Happen
·»·  News | Expos | Théâtre & Danse | Concerts | Chroniques | Reportages | Agenda ·«·
 Forums | Répertoire | Portail web | Infos Légales 

Edition: Diane Mespoulède/ Marlène Bréard/ Cécile Eveno Fondateurs : Cathy Morault, Pierre Mesnard · Tél : 06 32 34 52 88 / 06 24 32 65 79 · Courriel : contact@happen.fr · Happen.fr : ©2006 Happe:n. Tout droits réservés. · Happen Magazine - 2bis rue Buhan -33000 Bordeaux · Réalisation du site : Cédric Edouard · Hébergement : 33com