« 65699 » : Population carcérale en France en 2012. Le nombre est historique, la médiation du milieu carcéral sous forme artistique et non documentaire relève presque du défi.
Proposer une exposition sur le milieu carcéral, qui plus est artistique et non à des fins documentaires est assez audacieux. Je m’explique. En arrivant à l’Artothèque de Pessac, la médiation est accentuée sur le caractère artistique des photos, la projection vidéo et le contenu littéraire. Il faut comprendre qu’en vous déplaçant sur ce site culturel, vous n’allez pas voir qu’une simple exposition de photos. L’exposition « 65699 » est à elle seule un projet qui allie images, montage vidéo et sonore, littérature, conférence et cinéma. La visite et la découverte de ce milieu sont bien plus qu’une balade, sinon vous n’y comprendrez rien. Cette précision, car une exposition de ce type a déjà été montée au Musée Carnavalet de Paris en 2010 intitulée « L’impossible photographie », et ce sous la même forme, dirigée par une commande publique et où le visiteur est ainsi amené à s’interroger sur le regard que portent la société et les photographes sur les lieux de détention. Une lecture seule des photographies ne suffit pas à se dresser un avis sur ce type de projet.
(c)De Dos – PRISONS LYON -65699 – Christophe Goussard
Cette exposition photographique a amené les artistes vers un sentiment de frustration, où l’utilisation de l’image est très difficile ; la prison étant un lieu où la protection des victimes, des familles et de l’ordre public est omniprésente mais aussi car il est lieu d’ombre et d’enfermement. Les images des détenus pris de dos, les témoignages saisissants qui traduisent une confiance avec les artistes amènent une véritable réflexion sur leurs conditions de détention et le regard qu’ils peuvent porter sur le service public, entre eux, et sur eux-mêmes. Notons, que la photographie des prisons était, à partir du 18eme siècle, exclusivement réservée à des fins d’archives pour l’urbanisme et la mémoire du patrimoine urbain. Le plus paradoxal est que les prisons photographiées au 19éme sont plus modernes que celles photographiées de nos jours : témoignage de la vétusté et de l’abandon qui déshumanisent ces lieux en plus de la privation de liberté.
Le Projet.
L’Artothèque de Pessac travaillant depuis 2011 avec la Maison d’arrêt de Gradignan, le projet d’une réflexion plus forte a été ainsi mené de front par les différents acteurs locaux et les artistes afin de dresser un réel projet artistique. Trois regards croisés qui font la description du milieu carcéral en France.
Des regards avant tout modestes.
Jean-Christophe Garcia, photographe en Aquitaine et auteur de films qui propose un travail basé sur la condition humaine. Ici « Documents Potentiels – Prison – 2008 », est une commande du ministère de la Justice destinée à réaliser un projet photographique dans l’enceinte de la maison d’arrêt de Mont de Marsan peu de temps avant sa fermeture et au profit d’un nouveau centre pénitentiaire. En complément de ces travaux, vous pourrez trouver un ouvrage réalisé par ses soins « Numéro d’écrou 1926 » et édité par Le Festin(éditeur bordelais).
Travaux photographiques et contribution littéraire de Fred Léal (médecin et écrivain) livrent une mise en situation du milieu carcéral dans lequel le lecteur sera le partenaire du récit sans aucun jugement.

(c)Documents Potentiels – Prison – 2008 – Jean-Christophe Garcia
Christophe Goussard, photographe en Aquitaine également et distribué par l’Agence VU. Collaboration avec Le Monde, Libération, Le Festin, et ancien photographe du groupe bordelais Noir Désir. Habitué à l’image associée au son, il part sur le projet de réaliser un film documentaire avec l’aide d’Eugène Lampion (animateur radio) où tous deux vont restituer les ambiances de la vie carcérale en prenant des captations sonores et .
« Chambres obscures » est à l’origine d’une demande du personnel des prisons de Lyon dans le but de conserver la mémoire des lieux.
Mathieu Pernot, photographe ayant travaillé sur les mémoires urbaines et milieux carcéraux.
Le projet est axé sur les parloirs sauvages, ces lieux de prison, situés entre la vi[e]lle et la prison où les détenus tentent de communiquer autrement qu’au parloir habituel avec leurs proches. « Les Hurleurs », portraits en couleurs de ce chant carcéral.
Barbara Guillard.

Mathieu Pernot
Les Hurleurs -Henriqueta
100 x 83 cm
2004
Photographie couleur Argentique contrecollé sur aluminium
Eric Dupont
(c)Les Hurleurs – Henriqueta – Mathieu Pernot
Les Bonus Expo
– Projection de « Etre là« , un film de Régis Sauder
Vendredi 8 février 2013, à 21 h, au Cinéma Jean Eustache, Pessac
http://lesartsaumur.jimdo.com/actu-projection-sauder-2013/
– Conférence « Les projets artistiques en milieu carcéral«
Mardi 19 mars, à 20 h, à la Médiathèque Jacques Ellul, Pessac
Et une sélection de bouquins consultables à la Médiathèque Jacques Ellul :
Carnets de prisons : le tour des prisons de France / Reportage, textes et dessins Noëlle Herrenschmidt. – Paris : Albin Michel, 1997
Dans la prison / auteur, Kazuichi Hanawa. – Angoulême : Ego comme X, 2005
Un dessinateur condamné à trois ans de prison décrit les rituels qui régissent chaque seconde de la vie d’un détenu.
Derrière les barreaux : une petite histoire des prisons / Peter Kent. – Paris : Gründ, 1998


