Trente Trente 2026 . Happen . Parcours pièces en création (c) Pierre Planchenault (1)

Trente Trente 2026 – Faits d’hiver (chapitre 3)

Last but not least : voici l’ultime article de ma série en immersion dans la profondeur hivernale bordelaise, récit d’aventures soufflé par le festival Trente Trente et son édition 2026. 

Me voilà donc, un samedi après midi, en direction de l’Atelier des Marches pour le début du parcours du jour. Immuable, la pluie tombe : météo typique bordelaise, idéale pour aller s’enfermer dans un théâtre. Au programme : 4 sorties de résidence par des artistes soutenus par la Compagnie Les Marches de l’été, et, en guise de bouquet final, une performance par un duo de danseurs italiens. 

Retour sur cet itinéraire artistique, savamment orchestré par les équipes de l’événement.

Le Terrier – Julien Pluchard (Compagnie Klamm)

Tout juste le temps de s’ébrouer dans le hall de l’Atelier des Marches que je suis invitée à rentrer en salle. “Attention à la pénombre” me glisse l’hôtesse d’accueil : tu m’étonnes ! L’obscurité inonde largement. Et ça n’est pas pour rien : Julien Pluchard nous propose de pénétrer sa “chambre noire”. A la fois réalisateur-comédien-projectionniste-narrateur-concepteur sonore, il utilise des procédés cinématographiques (en live derrière le drapé d’un écran de papier blanc) pour nous plonger dans son univers kafkaien. 

Telle une chape lourde, accablante, le noir profond s’abat sur moi. C’est comme si je pénétrais son terrier ! Mais de ce gouffre sombre émerge la poésie. La “toile” que l’artiste éclaire tendrement de ses images renversées (tout ce qu’il fait dans sa “boite noire” derrière l’écran est projeté “à l’envers” : un principe optique basique que je n’arrive toujours pas à conceptualiser véritablement) s’anime. Accompagnée d’une bande sonore planante, cette projection homemade nous offre une illustration conceptuelle du récit qui nous est conté (un texte emprunté à Franz Kafka). 

Alors ensommeillée par l’horaire postprandial, cette partie de spéléo-cinématographique m’embarque dans une espèce de rêve éveillé. Les images restent floues, le récit brumeux : je plonge totalement dans cette atmosphère cotonneuse d’où dégouline une certaine suavité. Et si cette parenthèse onirique nous immerge dans un monde “à part”, c’est pour mieux parler du nôtre. Cette société où la peur de l’autre règne, où le repli sur soi triomphe, où le besoin de sécurité se revendique avec véhémence. Arrêtons la paranoïa : quittons nos pénates, sortons de nos retranchements et allons éprouver le monde qui nous entoure ! 

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© Pierre Planchenault

Parle-moi comme la pluie et laisse moi écouter – Nicolas Meusnier

En voilà un nouvel univers auquel absolument se frotter : celui de Nicolas Meusnier. Cet artiste, je le suis depuis sa première pièce. Son travail me séduit par sa signature singulière, incarnée, et son tout nouveau projet me met l’eau à la bouche ! 

Aux prémices de ses réflexions autour de ce projet en cours d’élaboration, l’artiste nous accueille avec un “tableau d’inspirations” pour partager avec nous ses pistes artistiques. Au sol, sur le tapis de danse noir, des bribes de texte, des images, des notes calligraphiées et autres curiosités qui peuplent son imaginaire du moment. 

Dans ce futur spectacle, il orchestrera. Alors que jusqu’alors il performait dans des seuls en scène tout à fait personnels, Nicolas Meusnier revêtera cette fois la casquette de metteur en scène. Cela pour nous livrer son interprétation de Parle moi de la pluie et laisse moi écouter, un texte de Tennessee Williams, dramaturge américain du siècle dernier, grand inspirateur du cinéma hollywoodien des années 50.

L’artiste bordelais entend s’emparer de ce huis clos mettant en présence un couple en plein désarroi pour continuer son travail explorant la complexité des relations interpersonnelles. Le twist, c’est la “rurale touch” qu’il donnera à cette love story : une réécriture aux accents “campagnards” est en cours… et moi, fille de vigneron ayant grandi à la ferme, ça me donne plus qu’envie de voir comment tout ça va exister sur scène. Hâte de découvrir la version “cambrousse style” de Parle moi de la pluie et laisse moi écouter… Dès que cela sera sorti, rencardons nous y !

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© Pierre Planchenault

Je vais entrer dans un pays – Compagnie des Limbes

Pour embrasser l’univers de la Compagnie des Limbes, c’est paré.e.s de parapluies, bottes en caoutchouc et autres accessoires étanches dont il faut s’équiper ! Car oui, le trajet entre l’Atelier des Marches et le Marché de Lerme était humide ce soir-là… et pénétrer les contrées qui nous sont contées par deux comédiens en scène est bien plus aventureux que de se frotter aux petites averses bordelaises. Dans le nouveau projet de Romain Jarry et Loïc Varanguien de Villepin, le vagabond dont ils narrent les aventures pédestres en a vu du pays, en a traversé des péripéties, en a vécu des fantaisies. 

Projetée dans une succession de paysages grandioses au fil du récit, je me laisse guider sur l’itinéraire et apprécie la balade. Petit délice de fin de parcours : la reproduction live de gazouillis, pépiements et autres piaillements d’oiseaux par l’un des deux performeurs au sifflement subtil. Quelle merveille ! Si je pouvais recourir à cette joyeuseté lors de mes prochaines parties de méditation, c’est avec certitude que mon âme s’élèverait d’un bond !

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© Pierre Planchenault

Fluid.i.T – Sylvain Méret – Collectif Tutti

[ Il faut que je vous dire : je collabore avec cet artiste et son collectif. Jamais je ne disserte ici pour des compagnies que j’accompagne professionnellement : un principe éthique que je tiens à souligner. Mais comme cet article relate l’intégralité de mes pérégrinations trentetrentesques 2026, il me semblait étrange d’occulter cette sortie de résidence programmée dans le parcours du jour. Alors… parlons-en ! ]

La question du genre inonde nos conversations depuis récemment. Pourtant, la douleur d’avoir le sentiment d’habiter un corps qui ne reflète pas sa personnalité profonde est un drame vécu par tant d’âmes. Si de jeunes personnes sont des témoins entendus ; ceux.celles, plus âgé.e.s, qui n’ont pas eu l’opportunité de transitionner ont l’expérience d’une vie de lutte intérieure. Comment ont-il.elle.s (sur)vécu à cette existence tiraillée ? Quels combats intérieurs ont déchiré leurs entrailles ? 

Ce qui est intéressant avec la proposition du jour du chorégraphe Sylvain Méret, c’est d’ avoir une lecture intime d’un sujet sociétal majeur. Dans ce seul en scène autobiographique, il partage un vécu singulier, une expérience sincère : celle d’un homme meurtri par ses conflits intérieurs. 

Fluid.i.T est un récit nécessaire, une parole émancipatrice qui soulage son auteur et apaisera peut-être ceux.celles qui s’y retrouvent. En mots, en danse et en musique, le chorégraphe fait part de cette douleur vive et lancinante qui ne le quittera certainement pas avant trépas. 

Et si l’on criait au monde que l’étalon qu’on nous propose est trop strict ? Qu’il est temps de partager nos singularités plutôt que de les occulter pour rester dans le cadre ? Tentons d’exister et d’exulter pour vivre pleinement, véritablement.

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© Pierre Planchenault

Fuck me blind – Matteo Sedda

Comme bouquet final, le festival Trente Trente nous invite à terminer le parcours du jour sous la rotonde du Marché des Chartrons en compagnie de deux hommes, couple intense pris dans un tourbillon de passion.

Dans une marche effrénée, une course circulaire frénétique, leurs hauts du corps sont transcendés par le mouvement. Telle un mirage, la chorégraphie saisit par son caractère impalpable. Pléthore d’images naissent de  mouvements dépouillés, donnant à ce tête à tête un caractère hypnotique. Ce pas de deux attrape le regard, obsède. Assise au sol, à quelques centimètres des danseurs, mes sensations sont décuplées : l’odeur charnelle de leur corps suants parvient à mes narines, le souffle de leurs gestes effleure ma personne. 

Magnétique, ce duo d’hommes fascine par sa puissance. L’intensité entre ces deux êtres transpire et c’est ivre d’émotions que je sors de cette performance. Et si l’averse tombant dehors se donne alors fortement à entendre, c’est pour mieux imaginer ce pas de deux sous un rideau de pluie : quelle scène mythique cela aura produit ! Laissons-nous emporter par nos pulsions et allons tournoyer sous la pluie : nos nuits n’en seront que plus palpitantes.

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© Pierre Planchenault

Ainsi s’achève mon aventure au cœur de l’édition 2026 du festival Trente Trente. Hâte de remettre le couvert dans un peu moins de 365 jours ! Auras-tu envie de me lire encore l’an prochain ? Je l’espère sincèrement car j’ai bien l’intention de suivre de près la prochaine édition tant cet événement (d)étonnant me propulse dans de nouveaux espaces artistiques à chacune de ses éditions. 

A la revoyure !

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Sorties de résidences et spectacle vus Samedi 24 Janvier 2026 dans le cadre du Festival Trente Trente – Les rencontres (invitation)

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Festival Trente Trente : Site internet | Compte Instagram | Page Facebook
Julien Pluchard – Compagnie Klamm : Site internet de la Compagnie | Compte Instagram de l’artiste
Nicolas Meusnier : Compte Instagram
Compagnie des Limbes : Site internet
Sylvain Méret – Collectif Tutti : Site internet du collectif | Compte instagram du collectif | Compte instagram de l’artiste
Matteo Sedda : Compte instagram

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Photo de Une © Pierre Planchenault
Design graphique © Happe:n