Une voix gracieuse et austère, un album chaudement reçu à l’étranger, mais par quel mystère cette Galloise est-elle encore méconnue en France ? Vendredi 21 février, son concert à l’Iboat est forcément une curiosité.
Il est près de 20h30 lorsque j’arrive dans la salle et c’est Le A qui occupe la scène. Le groupe bordelais assure la première partie ce soir, une de plus, qui lui permet de faire ses armes. Et moi de ne pas les perdre de vue. Leur dernière chanson est une agréable nouveauté : l’ouverture avec une voix enregistrée et les harmonies vocales et instrumentales accentuent encore un peu plus l’univers du groupe : celui d’une pop sombre, électrique et atmosphérique. Mais laissons-les continuer à tracer leur route.
Et place à Cate Le Bon qui est donc de passage à Bordeaux à l’occasion de quelques dates en France. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, la sortie de son album Mug Museum a fait l’actualité des magazines Outre-Manche, où je me trouvais alors. C’était à l’automne dernier. Une médiatisation étonnante pour moi, tant l’opus ne m’avait pas paru transcendant. Ce concert à l’IBoat est donc l’occasion de voir de quoi il retourne.
Avec une centaine de spectateurs tout au plus dans la salle, ce n’est pas la foule des grands soirs qui est venue accueillir la chanteuse. Mais la Galloise a suffisamment roulé sa bosse pour ne plus se soucier de ce genre de détails. Toute de noir vêtue, elle fait son entrée sur la scène accompagnée de ses trois musiciens et d’un verre de vin rouge. Dès la première chanson, elle dévoile les couleurs de sa musique : des mélodies simples aux influences rock sixties, avec des lignes de guitares claires. Et le groupe va maintenir cette atmosphère épure et électrique sur toute la durée du set. De temps en temps, un clavier s’invite sur quelques chansons, apportant une touche psyché à ces morceaux. Mais j’ai beau chercher les influences folk qu’on prête parfois à l’artiste, je ne les perçois pas vraiment. Peut-être se sont-elles volatilisées dans l’eau des bassins à flots ? Ou bien dans le verre de vin de rouge (doucement Cate…) ? Dans la salle, à voir la façon dont ils remuent et bougent la tête, les spectateurs se laissent emporter par la rythmique de la musique.
L’art de l’épure avec des mélodies simples
C’est sur son morceau le plus connu, « Are you with me now », une middle song, que je prends conscience de la clarté de la voix. La Galloise a un timbre grave superbe, où c’est vrai que l’on entend Nico du Velvet Underground, et que j’apprécie aussi et surtout pour sa justesse et son côté un peu revêche. D’ailleurs ses quelques mots prononcés en français sont juste délicieux.
Si la chanteuse fait preuve d’une grande maîtrise, voire même d’un élan plus sauvage sur la chanson « Wild », je regrette cependant qu’elle ne s’aventure pas ou peu dans les contrées du sensible. Où sont l’émotion et l’intensité ? C’est comme si l’artiste avait peur de montrer son cœur.
Mais pour autant, Cate Le Bon a livré un bon moment de musique live où la foule a pu apprécier sa voix gracieuse et cristalline, et son art de l’épure avec des mélodies simples et irrésistibles. Dans une période de compositions sophistiquées et de battements étourdissants, on se laisse surprendre à vouloir écouter ces airs sans fioritures, encore et encore.
