Pour sa première date extra-muros, le collectif parisien Fauve a choisi le Chicho.
FAUVE.
De ces cinq lettres découle une identité mystérieuse. FAUVE. Un collectif aux chansons opaques qui se matérialise par cinq mecs qui osent l’inconnu. Il parait qu’on appelle ça du slam-rock.
Trois titres à notre connaissance : Nuits Fauves, Kané et Sainte Anne. Ces morceaux, on les a vite adoptés comme remède à la stagnation musicale.
Ce groupe qui refuse le conformisme, ça fait du bien. Ou plutôt du mal.
Textes Uppercut. Prose assassine. Poètes maudits.
On dirait que la vie se dépose sur leurs épaules comme une enclume oppressante. On pense à Bukowski, parfois.
Alors, on est peut-être un tantinet maso, mais ce soir, la cave du Chicho est bondée, et prête à se faire dévorer par la Nuit Fauve.
Le Paradis n’existe pas. La température de leurs mots avoisine zéro, alors que ce soir, le Chicho bouillonne. Pendant que quelques groupies entonnent leurs textes à l’unisson, d’autres absorbent leurs mots trempés dans l’arsenic. Beaucoup de questions. Peu de réponses.
Les chansons s’enchainent, longs maelströms de mélodies planantes qui suintent le malaise contemporain. Toutes sont des beautés fragiles, déclamées d’une voix brute en un bombardement d’idées et de pluies acides.
Puissance des textes. Voix apaisante. Guitare mélancolique.
On participe physiquement à ce show hors du commun, contemplatifs. Cette musique est viscérale. Elle vient des entrailles, n’est pas filtrée ; ce qui explique qu’elle nous bouleverse et nous remue autant. Ca nous perfore de part en part. C’est presque troublant quand on a l’habitude d’écouter des choses mielleuses.
Le cri de Fauve nous colle à la peau, nous trouble. Ce groupe est comme doté de pouvoirs magiques. Toxique. Il sont fascinants à observer. C’est beau et nos coeurs se serrent face à des propos si profonds.
Leur prestation sent à la fois le souffre, la sympathie et l’insolence. Leur prestation est un immense début.
On a du mal à savoir s’il faut se réjouir de cette musique. C’est douloureux mais sacrément persuasif. Ces cinq garçons sonnent juste. On tire de nombreuses jouissances de leurs textes éraflés pendant une bonne heure.
Le concert s’achève devant un public frissonnant, échauffé, hébété.
Fauve passe le périph’ pour la première fois. Vivement la seconde.
Et nique sa mère la résurrection.
