Cendrillon, du collectif « Nous étions 8 dans l’ascenseur »

Attention, les contes peuvent être dangereux pour les enfants!

Il était une fois un collectif, nommé « nous étions 8 dans l’ascenseur », qui décida de tenter l’aventure merveilleuse de Cendrillon. Ils avaient pour marâtre, la sulfureuse et despotique, Julie Teuf qui se mit à écrire chacune de leurs paroles.  Elle les obligea à transformer la douce cendrillon en homme, et leur demanda de reconstruire l’histoire…en omettant le rôle du chevalier servant, sauveur de la belle (enfin, du beau dans cette histoire …)! Et nous spectateurs insouciants, d’être embarqués dans une farandole profonde, où les rapports de force homme/femme s’inversent, la sexualité se débride, œdipe et Phèdre se rencontrent et l’anglais se francophilise. Car comme le dit la légende : « Vous allez devoir creuser la merde pour trouver la lumière ».
Et c’est ainsi, qu’ils ne se marièrent pas, n’eurent pas d’enfant mais qu’ils nous proposèrent un chaleureux chaos organisé, sur le thème de la famille.
Cendrillon, étape de travail encore en suspend mais pleine d’énergie, questionne le rapport que nous entretenons à cet étrange trio Victime/Bourreau/Sauveur. Il met en exergue les éléments les plus archaïques du célèbre conte et donne à penser qu’il nous faut suivre de très près les périples ce collectif nord/sud. On attend avec impatience une nouvelle présentation de ce travail encore en mouvement.

Entretien avec deux des protagonistes de cette fable tragique, Julie Teuf (l’auteure) et Nanyadji Ka-Gara (interprète), deux anciennes élèves de l’ESTBA, qui ont fait leur petit bout de chemin dans le monde artistique depuis leur sortie de l’école Bordelaise.

nous étions 8 dans l’ascenseur (photo DR)


Happe:n: Julie comment as- tu eu l’idée de cette pièce ?

Julie teuf : J’ai commencé pendant un stage d’écriture de 3 semaines à l’ESTBA. J’avais « le cas blanche neige » posé sur ma table de chevet, et j’ai eu envie d’écrire quelque chose sur le modèle de la première scène : avec le bourreau, la reine, et dans lequel elle le malmène. Je me suis rendue compte qu’il y avait un peu de Cendrillon dans ce que j’écrivais. En fait, je pense que je l’avais un peu dans le coin de ma tête depuis le début.

Comment ont été choisi les comédiens ?

JT : J’ai très vite pensé à des gens que j’aime pour travailler avec moi. J’ai appelé des gens avec qui j’avais commencé le théâtre dans le nord et des gens avec qui j’avais fait l’école à Bordeaux, et tout le monde à dit oui.
Ce qui est agréable, c’est qu’une fois que j’avais ces gens en tête, j’ai commencé à écrire pour eux.
On en a d’abord fait une première lecture publique au TNBA, pour avoir un retour des gens, mais aussi pour me rassurer parce que c’est un peu effrayant d’écrire son premier texte.
C’était important pour moi de me dire « ça va fonctionner sur le plateau mais aussi en dehors, c’est des gens qui vont prendre soin les uns des autres ». Après la première journée de travail, j’ai vu que ça marchait directement entre les gens et je suis ravie de ça.
Et puis, assez rapidement, je me suis dit que je ne pouvais pas tout assumer, l’écriture, le jeux et la mise en scène. Je n’aurai pas eu le recul suffisant, j’avais aussi envie que quelqu’un m’apporte un nouveau regard sur ce que j’ai pu écrire. Et tout de suite j’ai pensé à Fred, qui a été mon premier professeur de théâtre. C’est quelqu’un que j’estime énormément, qui a un regard très fin, très juste très bienveillant sur les acteurs et le théâtre.

Dans ta pièce, Cendrillon est un homme, pourquoi ce choix?

JT : Cendrillon est un homme parce que j’avais envie de traiter le désir de cette belle mère, ce complexe d’œdipe. J’avais envie d’une figure de reine, c’était évident, je n’avais pas vraiment envie de parler d’un trouble sexuel entre une petite fille et une femme, je me disais que je racontais autre chose que ce que j’avais envie de dire. En tout cas, que j’amenais un sujet que je n’avais pas forcément envie d’aborder. Le travestissement et l’humiliation étaient par contre des choses dont j’avais envie de parler.

Nanyadji, pendant le spectacle, tu meurs  sous la forme d’une chorégraphie dansée, c’est toi qui as fait cette proposition ?
NKG : C’est une proposition de Julie, elle avait envie que je traverse cette mort là par la danse. Elle m’a demandé de danser cette mort, tout en exprimant le refus de cette mort. Ça m’a permis d’avoir toute cette partie à développer dans un mouvement corporel. On a d’abord travaillé en impro avec Fred et sous le regard de Julie. Et ça s’est fait très vite.

Photo Yann moussu

Le spectacle que vous avez proposé à la manufacture est un étape de travail, la fin reste un peu en suspend, c’est voulu ?

JT :On a dû faire des choix après 6 jours de travail, pour être efficace et pour présenter une étape qui tienne la route.
A la sortie de cette résidence, je crois que je vais continuer l’écriture, reprendre des passages, parce que ce qu’on a fait là m’a énormément nourrie. Il manque plein de réponses, comme on avait très peu de temps, on a dû choisir. Ce qui m’intéressait c’est que dans les divers contes Cendrillon est le bouc émissaire. Moi ce que je voulais c’est que tous les personnages puissent devenir à leur tour bouc émissaire. C’est important que le spectateur puisse avoir de l’empathie pour eux, même les sœurs, même la belle mère qui paraît affreuse, qu’on puisse se dire « Merde ! elle souffre aussi ! »

NKG : Oui, chaque personnage paraît inhumain, mais à un endroit il est touchant. On parlait d’entrailles dans les répétitions, à un moment donné, il faut qu’on voit les entrailles de chaque personnage. C’est au moment où chaque personnage montre ses entrailles qu’on voit une certaine humanité en eux. On comprend qu’il y a de l’amour, du désarroi.

Photo Xavier De Labouret

Quelle est votre Cendrillon à vous ?
JT : Pour moi, c’est celle qui discute avec les petites souris. C’est le secret qu’elle entretien avec ses amis imaginaires pour ne pas sombrer dans la folie. Il y a quelque chose là dedans qui me parle, dessiner le beau autour de soi pour ne pas se rappeler qu’en ouvrant la porte de la chambre c’est plus douloureux. Je vois plus la force qu’elle a à faire des blagues aux petits oiseaux le matin et chanter sous la douche alors qu’elle sait que derrière, elle va en prendre plein la tête, mais elle tient ça. Je crois que ça n’est pas pour rien que j’écris, j’écris l’inverse pour exorciser, c’est ma manière de parler aux oiseaux.
NKG : Moi, c’est celle qui pardonne à toute cette humiliation qu’elle a subi, c’est cette Cendrillon là qui me touche. Comment dans cette injustice là elle trouve un peu de lumière, comment elle pardonne.

Quelle serait la musique qui décrirait le plus cette pièce ?

 JT : Vivaldi de Max Richter, il y a un truc à la fois d’une joie folle et d’une tristesse folle. C’est important pour moi que les gens puissent rire et pleurer à la fois dans cette pièce. Dans cette musique de Richter, il y a quelque chose qui porte la vie et qui me bouleverse profondément.
C’est pour ça que je fais du théâtre pour ces émotions là. J’aime l’idée de ce père qui arrive ridicule après la chasse avec ses deux belettes, et puis qui touche dans son incapacité à parler avec son fils.
NKG : J’en ai pas une en tête mais une musique qui soit progressive, inquiétante, légère et sautillante avec un peu de piquant. Il faudrait la composer !!!

Vos Actualités ?
JT : On se retrouve toutes les deux dans le Banquet de Sodome et Gomorrhe du groupe Apache.
NKG : Je suis aussi en tournée avec le Chorégraphe Vincent Dupond, du CDC De Montpellier et je serai à Paris en mai.

Cendrillon c’était le 12 et 13 avril à la manufacture atlantique, à suivre donc dans les prochains mois !
Avec : Emmanuel Bordier – Giulia Deline – Grégory Ghezzi – Morgane Grzegorski – Maxime Guyon – Nanyadji Ka-Gara – Paul McAleer – Julie Teuf
Mise en scène: Fred Egginton

la manufacture atlantique

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