Cliché : à l’air libre et sans façon

Avis aux amateurs de soleil et d’élan amoureux, des gars transgressent ici les règles du bon goût pop : Cliché sort ces jours-ci un EP au titre éponyme où il nous cabotine de jolis textes.

Un album en équilibre entre élégance surannée et rime impertinente. Ouvrant avec le surréaliste « Hélicon », le quintette bordelais dévoile en cinq titres un univers singulier, quelque part entre morceaux pop et variété française.  Ajoutez quelques notes électro, des sons de guitare et de basse, et on tient là un disque brillant. Un cliché vous dites ? Bien plus un conte d’été qui se prolonge, les images d’Eric Rohmer en toile de fond.

Qui sont ces garçons mystérieux dont la poésie sensuelle emprunte à la chanson française, de Gainsbourg à Souchon ? Avant la sortie de leur EP et une série de concerts, Happe:n est allé faire un tour dans leur comic strip. Rencontre avec Hervé, Eloi et Jérôme du groupe Cliché.

Cliché EP – sortie le 6 octobre 2014 sous le label Microqlima, digital et 33 tours

Happe:n : Comment ça va les gars ?

Eloi : Ça va bien.  On est rentré dans une phase où tout s’accélère avec la sortie de notre EP. Là par exemple, on sort tout juste de répétitions.

Hervé : Un peu crevé du coup (rires).  On a répété toute la semaine pour préparer notre série de dates à venir

Happe:n : Alors entrons dans  le vif du sujet. Je trouve que votre musique ne rentre pas vraiment dans les cases de cette vague pop qu’on peut entendre actuellement. D’ailleurs, est-ce vraiment de la pop ?

Hervé : non je ne pense pas. C’est plus des chansons en fait où chaque morceau a son influence et dans lesquelles évidemment, tu peux ressentir qu’on aime bien certaines choses comme des trucs pop. Quand on dit pop aujourd’hui, on pense plus à pop/rock ou à la nouvelle vague french pop  présente depuis deux ans.

Eloi : une french pop souvent axée sur les années 80, ce qui n’est pas vraiment le cas de notre musique où l’attention donnée aux textes nous distingue de ce courant. On revendique assez l’étiquette variété.

Jérôme : c’est sûr qu’on ne fait pas de la pop pure et dure. Moi qui vient de rejoindre le groupe, je retrouve chez Cliché ce mix difficile entre des ambiances qu’on peut retrouver dans la pop anglaise, qui est loin de ce que peut être la pop française, à mon sens, et une délicatesse littéraire propre à notre langue.

Happe:n : Justement, j’ai lu dans votre bio des références à Gainsbourg et Bashung notamment ; mais dans la scène actuelle quels sont les artistes que vous appréciez ?

Hervé : j’aime bien Moodoid que je trouve bien perché. Un truc très indé. Je suis aussi super fan de La Femme, pour moi le meilleur groupe de la nouvelle scène française.

Eloi : il y a Feu! Chatterton avec des textes vraiment bien écrits. C’est vrai aussi pour François & The Atlas Mountain que j’aime beaucoup. Et puis finalement il y a pas mal de groupes comme Aline, Mustang, Melody Echo Chambers, Aquaserge, Petit Fantôme…

Happe:n : Comment vous viennent vos chansons ? Par exemple le morceau « Hélicon » ?

Eloi : On a fait « Hélicon » il y a très longtemps avec Hervé. C’est un morceau qui a 10 ans. La vérité c’est que je l’ai écrit sur mes chiottes (rires). Je n’arrivais pas à dormir, je me suis isolé dans les toilettes et me suis mis à écrire. Et c’est venu d’un coup comme ça.

Hervé : nous on fait de la musique depuis un moment maintenant. A l’époque, c’était Eloi qui ramenait les textes et moi qui faisait la musique. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. Pour répondre à ta question, les meilleures mélodies arrivent quand on ne les cherche pas. Des trucs qui me viennent en marchant, à vélo…

Eloi : c’est de suite évident avec Hervé. On trouve assez vite les thèmes qui fonctionnent. Souvent ça marche par flash et on sait immédiatement quel angle prendre, parce que ça colle bien à notre univers.

Happe:n : Avec des textes comme « Pas chat », vous ne craignez pas de vous mettre à dos l’Eglise ?

(Rires)

Eloi : il y a des moments où ça parle de cul mais souvent c’est juste effleuré et puis il y a plusieurs sens.

Hervé : c’est ça que j’adore dans les textes, quand on peut les interpréter de plusieurs manières. On a un morceau qui s’appelle « Sans arrêt ». Tu peux entendre que ça parle de sexe, de musique, de plaisir… Maintenant que tu nous parles d’Eglise, j’aimerais bien faire écouter l’EP à Christine Boutin pour voir ce qu’elle en pense !

Happe:n : Plus sérieusement, l’artwork autour de votre EP occupe une place importante, j’ai l’impression que c’est pour mieux vous préserver, rester un peu dans l’ombre ?

Hervé : c’est venu sur le tas. Notre EP va sortir sur le label Microqlima où l’on vient de signer. C’est lui qui a eu l’idée d’utiliser ces dessins, qui nous représentaient plutôt bien. J’avoue qu’on y avait pensé aussi et que c’est une façon originale de sortir l’EP. Et puis finalement ça fonctionne bien et tout le monde adore.

Eloi : on aime beaucoup le travail de Françoise, la copine de Hervé qui a fait les dessins. Ses illustrations se marient bien à notre univers. C’est aussi un moyen de travailler en famille et de garder le contrôle sur notre travail pour être plus efficace.

Jérôme :  parce que nous sommes des enfants des 90es, on est peut-être influencé par les groupes de rock et de grunge qu’on écoutait et qui n’avaient rien à branler de leur image personnelle.

Happe:n : Puisque vous sortez d’une séance de répétition, parlez-moi de vos prochaines dates 

Eloi / Hervé : On vient de faire notre release party à l’Heretic à l’occasion du French Pop, où l’on était programmé pour la 2e année consécutive. Notre prochaine date c’est le 10 octobre avec Feu! Chatterton dans le cadre du festival Vie Sauvage – collection automne. Ce sera au Champ de Foire de St André de Cubzac. Il ne faut pas rater cette soirée entre copains qui va être vraiment sympa, en plus il y a Feu! Chatterton qui est de la partie !

Ensuite, le 6 novembre on jouera au Trois Baudets, une très jolie salle parisienne. Ce sera en quelque sorte la date de sortie officielle sur Paris, avec la présence de notre label.

Happe:n : Et Cliché sur scène ça donne quoi justement ?

Hervé : c’est intéressant que tu parles de ça, parce que tout à l’heure on réfléchissait à l’ordre du set entre les morceaux intimistes et ceux qui envoient un peu plus. Jérôme rajoute pas mal de guitares ce qui permet de montrer quelque chose de différent de l’EP.

Eloi : c’est forcément plus brut et plus énervé par moment, même si sur scène on fait très attention à notre son. Et puis il y aura aussi des morceaux qui ne sont pas sur l’EP ce qui donnera une autre dimension.

Happe:n : Un truc à rajouter ?

Hervé  : En ce moment, on est très pris par le live et pour autant on travaille sur les nouveaux projets : on prépare un clip pour « Shalom » avec des images d’archives, mais on n’en dit pas plus pour garder la surprise. Et puis, on compose déjà quelques nouveaux morceaux.

Eloi : Pour en revenir à la scène, le meilleur moyen de savoir à quoi ressemble Cliché en concert, c’est encore de venir nous voir !