Marie Bouthier et Anouck Lemarquis sillonnent la France pour prendre des photographies en faisant à chaque fois des demi-tours. Depuis 2013, elles capturent les paysages périurbains français qui se cristallisent sur les routes françaises depuis quelques années. Leur travail est exposé au 22 rue du chai des farines à Bordeaux dans un lieu que l’on connaît sous le nom de « Deuxième Bureau » ou bien de « Xpoz » sous le commisseriat de Pierre Andrieux.
Leur travail est protéiforme, on peut donc retrouver dans l’exposition « La Mythologie Des Pavillons »; des photographies, mais aussi une vidéo projetée au milieu d’un mûr de parpaing et de gravats étalés sur le sol. L’oeuvre vidéo a été réalisée par Arthur Clerbois.
Le vernissage s’est déroulé ce jeudi avec, pour clou du spectacle, l’entrée de leur voiture rouge en plein milieu des festivités au son de la radio FM et d’un épais nuage de fumée.
Cette exposition m’a plu pour deux raisons. Je vous explique pourquoi en trois points.
Premièrement, cette exposition m’a touchée, car elles ont résisté à la tentation trop facile de critiquer l’esthétique des zones périurbaines. Elles ne se moquent pas. Elles posent un regard sincère sur la relation des français à ce nouveau type d’habitat. La position est neutre et respectueuse. Elles ne cherchent pas à dénoncer le conformisme de nos pavillons de banlieue. Bien au contraire, leurs photos captent la fragilité de notre monde, la difficulté à nous organiser, nos tentatives avortées à intégrer le paysage. On y voit aussi bien des maisons en construction accolées à des camping-car que des bâtiments plus anciens qui n’ont pas encore trouvé leur place dans le paysage. Dans ces « maisons contemporaines », on retrouve toute l’ambivalence de nos sociétés actuelles. D’un côté, il y a ce fantasme de la propriété, ce souhait ultime de « faire construire ». Puis, d’un autre côté, il y a un fort attachement aux symboles de la liberté : la voiture comme échappatoire, la baie-vitrée comme un carré de liberté, la piscine gonflable comme espace de vacances… Un peu comme si ces éléments permettaient d’exister, qu’ils étaient les symboles d’une résistance.
Oeuvres vidéos réalisées par Arthur Clerbois
Deuxièmement, j’ai trouvé que Marie et Anouck pointent bien le doigt sur les incohérences de nos modes de vie. On retrouve dans leurs photographies les signes de notre « société des loisirs ». On y voit un trampoline immense devant une petite maison ou bien un vélo d’appartement en plein milieu d’un jardin. Les contrastes sont saisissants comme si notre paysage français refusait d’intégrer les nouvelles formes de la société consumériste. Par ailleurs, ces photographies nous plongent dans une véritable ambivalence. On est happé par la puissance du minimaliste des «signes» de la post-modernité, comme par exemple, cette antenne parabolique qui ressemblerait à une sculpture monumentale dans l’espace public. Mais, à côté de cette appréciation exclusivement esthétique, il y a une autre réalité : ces antennes sont nocives et oppressantes visuellement. Autrement dit, ce travail est un témoignage profond de la capacité des artistes à créer de nouveaux repères symboliques là où on ne les attendait plus.
Troisièmement, pour finir sur une note un peu plus joyeuse. J’ai réellement l’impression qu’elles s’éclatent lors de leur périple autour de la France. Si vous êtes un peu curieux, je vous invite à parcourir leur site internet où l’on voit qu’elles font des rencontres incroyables. Elles s’incrustent partout, en se faisant aussi bien copines avec les élus qu’avec les associations sportives de villages. On sent bien qu’elles sont à l’affût du moindre événement, de la moindre tentative d’exotisme. Rien ne leur échappe : les traits d’esprit sur les enseignes de boutiques, les dauphins au bord des routes, les décorations dans les fêtes du coin etc… Après tout, c’est peut-être ça aussi la « culture » non ?
Retrouvez Anouck et Marie sur Les carnets de la création sur France Culture.
demitourdefrance.fr
Exposition « La Mythologie Des Pavillons »
Exposition du ► 24.11.16 au 14.01.17 ◄
Deuxième Bureau, 22 rue du chai des farines Bordeaux.
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Cet article vous est proposé dans le cadre de la collaboration entre Happe:n & Wherart
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Plus d’infos par ici : wherart.com
Crédit photo : Philippe C.




