Doué.e.s . Les Mille Printemps . Happen (c) Hugo Lafitte

Doué.e.s (sortie de résidence) – Invoquer les esprits

Nouvelle incursion à la Méca Scène, et c’est encore un rendez-vous auquel les bordelais.e.s ont répondu présent.e.s ! Devenues des incontournables du foisonnement artistico-créatif local, ces sorties de résidence ouvertes au public sont plus que prisées à chaque fois que je m’y rends (salle comble ou presque). 

Et cette fois, c’est la compagnie Les Mille Printemps qui nous livre ses explorations artistiques sur le plateau. Ce temps de travail soutenu par l’OARA était leur avant-dernière période de résidence autour de Doué.e.s : le spectacle est donc déjà (trop) bien ficelé. Alors, pour ne pas nous spoiler, on nous propose de nous jouer des extraits du spectacle (NDLR : avec le recul, j’aurais préféré être spoilée ! Car c’était si bien que j’ai plutôt envie de binger que d’être teasée).

Un peu de contexte : qualifiée comme “neuro-fiction hypersensible” par ses auteur.rice.s, cette nouvelle création mêlant théâtre et chorégraphie nous parle de nos cerveaux. Un organe fascinant et plein de mystères qui nous joue des tours régulièrement et nous embarrasse aussi parfois. Nourri par les sciences cognitives et sociales (en plus d’expériences vécues ici bas), Doué.e.s ouvre une réflexion sur la notion d’intelligence et plus précisément, notre complexe d’infériorité intellectuelle.

Dans un monde parallèle, sept comédien.ne.s interprètent des saynètes sous forme de micro-fictions qui nous sont si familières. Tu sais, ces instants où l’on s’autoflagelle pour notre bêtise, ne comprenant pas un.e interlocuteur.rice au verbe gracieux, ces moments aussi où l’on considère idiot.e celui.celle qui pense à l’inverse de nous. Ces tableaux sont habilement liés par les interventions d’une “conférencière” qui nous explique plus en détail le fonctionnement cabochard de nos petites cervelles. L’écriture est fine, la mise en scène pleine de rythme : impossible de perdre le fil de cette cogitation chorégraphico-théâtrale. La scénographie, en perpétuel mouvement, offre une multitude de paysages qui ouvrent l’horizon des possibles quant à une projection dans nos réels. Comme clin d’œil à notre “matière grise”, les “rocs” cendrés disposés au sol se dispersent ou s’amoncèlent pour créer du mobilier intérieur, des panoramas naturels. Un décor évolutif comme miroir de notre monde habité par des comédien.ne.s qui éblouissent de vivacité. Des passages chorégraphiques s’insèrent avec justesse dans cette partition, cadençant encore davantage la narration, ponctuant intensément le tout. Et si les costumes peuvent paraître curieux, ils mettent en relief les singularités de corps variés, loin des standards qui régissent nos imaginaires collectifs (MERCI !).

Bref, Doué.e.s a été façonné avec beaucoup d’esprit. Ce hors-d’œuvre sauce maricharentaise m’a mis l’eau à la bouche ! Et mon intuition me dit que le plat de résistance, accueilli à La Palène le 5 Décembre (Rouillac), sera délicieusement réussi. Rendez-vous là-bas pour savourer ensemble la première de cette prometteuse création.

Doué.e.s . Les Mille Printemps . Happen (c) Hugo Lafitte

© Hugo Lafitte


_ _ _

Doué.e.s (travail en cours) – Compagnie Les Mille Printemps
Sortie de résidence vue le 30 Octobre 2025 à la Méca Scène
Site internet des Mille Printemps
Compte instagram des Mille Printemps
_ _ _

Photo de Une © Hugo Lafitte
Création graphique © Happe:n