La MécaScène et ses murs épais étaient le refuge idéal pour l’équipe de la Compagnie Morphose qui travaillait sur sa future pièce pendant que dehors, Nils et Pedro (Eoles contemporains ayant tenu le premier rôle des quotidiennes des dernières semaines) faisaient des leurs. Faisant fi de la tourmente, Soraya Thomas et son équipe conviaient le 19 février dernier les bordelais.es à vivre un intermède chorégraphique autour de son nouveau projet : une invitation qui a même fait sortir la Garonne de son lit. Retour sur cette sortie de résidence prometteuse.
Ce soir-là, malgré le déluge, un public téméraire peuplait le gradin cernant le dispositif scénographique d’Exult, création sur laquelle la danseuse et chorégraphe Soraya Thomas concentre actuellement ses recherches. Une pièce qui, nous dit son autrice, s’attache au geste brut, celui qui vient sans retenue, qui survient spontanément.
Dans le premier extrait du “chantier en cours” qui nous est dévoilé, nous sommes face à un imposant cube constitué de bâches de travaux. Tu sais, celles que nous déplions largement lorsqu’on se lance dans une entreprise de petite ou grande rénovation ? Celles-là même dont la fragilité matérielle nous laisse perplexes quant à toute efficacité protectrice ? Eh bien, détournée comme matériau scénographique pour la scène avec tant d’ingéniosité, elle offrira bien des reliefs, des perspectives tout au long de cette présentation artistique. Éclairée simplement, enfumée exagérément et habitée chorégraphiquement, cette “boîte” devient l’écrin dans lequel un ballet de corps s’échafaude subtilement. L’imperceptible occupe alors le devant de la scène : les silhouettes des quatre danseur.euse.s qui s’y mirent apparaissent puis disparaissent fugacement. Les mouvements y sont volontairement dépouillés laissant la possibilité de s’interroger sur ce qui advient ici, maintenant. Ces mirages offrent une poésie particulière au caractère énigmatique, souligné par la bande musicale aux accents contemporains.
Après une opération du fin esprit, les parois emplastiquées de cette “smoke box” choient et deviennent le nouveau terrain de jeu des artistes au plateau. Sur cette nouvelle terre au blanc réverbérant intensément, un petit groupe d’humain se laisse traverser de mouvements organiques. Le geste provient d’une impulsion, d’un élan primaire, les déplacements se font “à l’instinct” donnant une vive intensité au moment présent. J’apprécie volontiers cette gestuelle incarnée qui met au jour la singularité artistique de chaque danseur.euse. et offre des paysages chorégraphiques ondoyants.
Nouveau twist : d’une simple manipulation de la bâche par les interprètes, le sol rejoint le ciel et se mue en un voilage grandiose. Planant majestueusement au-dessus des têtes à la force des bras d’un duo de danseur.euse.s, ce nouvel arc céleste surligne prodigieusement le corps à corps qui se joue juste en dessous. Telles des “marionnettes inversées”, les personnages vedettes de ce pas-de-deux inspiré deviennent alors les meneur.euse.s de leur univers. Les éléments de leur microcosme répondent à leurs mouvements et se font l’écho céleste des gestes vécus ici bas. Je reste ébahie par le contraste entre la simplicité du dispositif et son effet fascinant. Un véritable jeu d’adresse qui donne un relief époustouflant à la chorégraphie et laisse place à l’émotion.
Quelle découverte ! Exult promet et je me languis de suivre la suite de cette aventure chorégraphique. Je suis ravie que la Compagnie Morphose, opérant jusqu’alors depuis l’Île de la Réunion, s’installe en Nouvelle-Aquitaine. Ainsi, il nous sera aisé de suivre ses pérégrinations pour mieux en apprécier le travail.
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Exult (travail en cours) – Compagnie Morphose
Sortie de résidence vue le 19 Février à la Méca Scène dans le cadre d’une Carte Blanche offerte à La Manufacture CDCN
Site internet de la Compagnie Morphose
Compte instagram de la Compagnie Morphose
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Photo de Une © Meggie Bontemps
Création graphique © Happe:n

