Haskell Junction : zone de contact artistique

Du 12 au 21 octobre, dans le cadre du Festival des Arts de Bordeaux, Renaud Cojo se livre à une performance théâtrale singulière : Haskell Junction.

… Et comme chez Happe:n, nous sommes curieux des créations d’ici et de chez nous, on est allé(e)s à la rencontre de ce metteur en scène atypique et de son épopée frontalière.

Après Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust , après Low/Heroes Renaud Cojo a décidé de nous surprendre une nouvelle fois par une performance théâtrale Haskell junction. Mais pas question de parler de la vie tumultueuse d’une rock star iconique, non! Ce créateur atypique a choisi d’aborder un thème plus politiquement présent dans notre société contemporaine : les frontières.

Autour d’un espace aussi symbolique que réel, Stanstead, ville jonction entre les États-Unis et le Canada, Cojo livre un questionnement sur les frontières et ce qu’elles peuvent représenter pour chacun de nous : vie/mort, réalité/fantasme. Autant de facettes que cette ligne imaginaire engendre, dans l’espace social, voire même dans notre représentation du monde et de ses multiples espaces des possibles ou des impossibles. Quid des exilés? Là n’est pas la question, ou plutôt là est la question, mais on peut aussi l’aborder autrement. Et c’est dans la sphère de l’onirisme que le metteur en scène s’amuse, créant un casse tête/puzzle réflexif construit en deux moments. « J’ai voulu construire un spectacle en 2 temps, avec une partie performative dans laquelle je pose des éléments qui seront compris plus tard, dans la seconde partie, qui est filmique. La forme du film a été construite avec un mélange d’images d’archives et d’images créées pour la narration. J’avais envie, là encore, que les frontières soient floues entre les deux, qu’on ne puisse pas repérer d’emblée ce qui est réel et ce qui est joué. ». RC

Décor glacé, neige, tempête et sapins se renversent de manière tangible face à cette variation aux multiples facettes. Le spectateur est baladé dans un univers onirique enjoué où un termite rencontre Pikachu, où l’anglais se confond avec l’allemand, où les fragments d’une histoire se composent au gré des explorations fantasmagoriques. « J’avais envie de questionner la notion des frontières, dans ce qu’elles représentent, dans ce qu’elles peuvent avoir aussi de symbolique et d’intime pour moi et pour chacun de nous. La frontière entre la vie et la mort, entre le réel et l’imaginaire et de ce qu’elles ont de poreux aussi. Les deux frontières dont je viens de parler peuvent exister mais être floues, se franchir rapidement. » RC

Mais n’en disons pas plus, au risque de dévoiler tous les ressorts d’une enquête que le spectateur devra mener, lui même, lors de son expédition. Disons tout de même que cette forme théâtrale hybride mêlant la forme documentaire au propos fantasmatique est aussi un conte politique, et que la mer qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent… Mais aussi des reflets changeants ! Et que parfois, à la beauté de la fable, se mêle la catastrophe du monde.

Haskell Junction est donc un objet mouvant à facettes multiples, à tiroirs secrets. Actuellement en résidence au TNBA,  François Brice, Renaud Cojo, Elodie Colin, Catherine Froment et Christophe Rodomisto mêlent leurs expériences pour en faire la jonction artistique. Avec Haskell junction, Renaud Cojo questionne encore une fois la forme théâtrale et la mise en propos, jouant avec la frontière de la narration pour créer un espace de réflexion particulier. Alors, si vous aimez vous laisser surprendre, si les voyages artistiques vous passionnent, allez à la rencontre de cette terre inconnue !

http://www.tnba.org/evenements/haskell-junction