Le mystère de La Chambre Bleue

Mardi 29 mars 2016, 18h50… Rendez-vous prévu avec la Chambre Bleue à 19h00.

Il est 19h05 et je suis toujours coincée dans le tram… Je dois en effet rejoindre les membres de l’association à l’Entrepôt des Vivres de l’Art, c’est là qu’ils se retrouvent le dernier mardi de chaque mois. Arrivée dix minutes plus tard que prévu, je débouche sur une sorte de terrain vague, entrepôt ouvert, de l’acier partout avec des « œuvres » artistiques (rouillées) à se choper le tétanos. Comme mes vaccins sont à jour, je m’avance quelque peu paumée et remarque un attroupement devant l’un des hangars. Manque de pot, c’est pour une conférence sur l’entrepreneuriat culturel. Bien, bien, ça ne m’aide pas beaucoup surtout que les « hôtesses » à l’entrée ne savent pas du tout de quoi je parle…

Sans doute à mon air désemparé (il doit être aux alentours de 19h10…), une personne s’approche de moi et me demande si je suis là pour la conférence. Je bredouille un « non, pour la Chambre Bleue » et aussitôt, à l’évocation de ces mots magiques, elle m’entraîne à l’écart et on rejoint deux autres personnes.

« Salut, moi c’est Théo », je souris avant de me rendre compte qu’en fait Théo, c’est une fille et pas un mec. C’est elle que j’ai eu par mail, je reprends donc confiance, j’ai enfin trouvé le club des poètes disparus ! Après quelques minutes d’attente, il est quand même déjà presque 19h15 (bah en fait, je suis pas si en retard que ça !), Théo nous amène dans un petit atelier, qui appartient à la PIP (Pression Imparfaitement Parfaite, bière locale). On s’installe autour d’une table haute, sur des tabourets de bar. Elle me présente rapidement l’association. La Chambre Bleue cherche vraiment à se rapprocher de la poésie, les ateliers sont conçus dans cet objectif, on est là pour se libérer et pour jouer avec l’oralité. « Écrire, c’est du jeu ».

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Je suis de plus en plus impatiente de commencer…

C’est parti ! Premier tour de chauffe, un jeu d’association d’idées. Le mot d’ordre est la spontanéité. Le concept : pas de prise de tête, quelqu’un balance un mot et il faut rebondir. Des ricochets verbaux en quelque sorte. Bref, je me prends vite au jeu et on fait deux parties à la suite. Il n’y a pas de gagnant, il faut tout de même savoir que le but est d’essayer de court-circuiter l’idée de l’autre en assimilant son terme à quelque chose auquel il n’aurait pas pensé.

Après ce petit échauffement (le temps d’étirer les muscles de son cerveau), l’ambiance est totalement détendue, tout le monde s’amuse, et moi la première. Théo nous annonce ensuite le concept du deuxième jeu : elle nous donne une ville et c’est à nous d’imaginer le lieu, description oblige, avec une précision photographique. J’écope d’une ville que je situe en Inde, un peu maladroite avec mes images, je déballe quelques paysages urbains, le Gange, les odeurs, la couleur des saris. J’avoue qu’inventer des images comme ça, sans trop y réfléchir me gêne un peu. J’ai besoin de réfléchir, d’analyser, bref de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de dire quelque chose. Sauf que là, pas trop le choix, c’est chronométré. Pas sûre d’avoir fait beaucoup voyagé mes camarades, contrairement à Théo qui s’en sort brillamment avec la ville de Shenzhen (vous l’aurez deviné, en jouant sur l’homonymie).

Après ce petit moment d’amusement, Théo nous fait passer un polycopié avec différents textes, poèmes et chansons sur le thème de l’Instant Fatal. Queneau, Bochanvsky et Brel se côtoient pour notre plus grand plaisir. Chacun lit deux lignes, à haute voix, puis passe la parole à son voisin. Le but de l’exercice est de nous faire lire, et nous entraîner à lire.

Je trouve ça intéressant, même si je sais que le moment fatidique approche : l’écriture d’un poème. Faut dire que depuis ma période collège, j’ai plus vraiment fait de rimes et j’ai peur de ramer. Ça y est, nous y sommes, le thème est toujours l’Instant Fatal. Les consignes : bah, en fait y en a pas vraiment, pas de rimes imposées, pas de pieds à compter… Seulement écrire 4 x 4 vers, soit 16 lignes en tout.

Ce thème m’évoque tout de suite Blanche-Neige, vous savez, juste avant qu’elle ne croque la pomme. Je pars donc là-dessus et ponds direct mes deux premiers vers :

 

On me dit blanche comme la neige

Pureté sans fard et teint de beige

Malheureusement, je resterai plus ou moins bloquée sur les quatorze vers suivants et c’est peu dire. J’écris un truc, puis le rature, et gribouille autre chose à côté. Mon voisin de table, lui, accouche d’une œuvre immense en à peine quelques minutes, armé de son seul crayon à papier.

Moi, je stagne en eaux troubles, embourbée dans ce qui ne paraît plus une si bonne idée.

Le temps passe, j’avance lentement mais sûrement. Je lance des petits regards angoissés autour de moi, histoire de zieuter l’avancée des autres. Puis, annonce de l’heure… il est déjà 20h40. Je suis toujours amputée d’une strophe. Il faut que je me dépêche, je suis la seule à ne pas avoir bouclé ce satané poème.

Pendant ce temps là, nos prénoms atterrissent dans un chapeau. L’heure du tirage au sort est arrivée. Je panique à l’idée de tirer mon nom la première, esquisse un sourire gêné tandis que mon cerveau carbure à plein régime pour me sortir de cette panade. Ouf, c’est pas moi !

Une première personne prend la parole puis tout le monde applaudit. Je suis sous le charme, et soulagée d’avoir pu griffonner une fin à mon poème pendant la lecture à voix haute. Les personnes défilent et c’est finalement à moi, faut dire qu’avec cinq participants, je ne pouvais pas échapper à mon destin…

Je m’élance, essaye de prendre une voix assurée, mon poème totalement raturé ne me facilite pas les choses, je bafouille sur certains mots, j’ai du mal à me relire. Puis je balance mon dernier vers et les applaudissements arrivent. Je me sens quand même un peu fière, je me doute que mon poème, très scolaire, aux rimes pauvres, est très en dessous du niveau des autres mais je suis tout de même satisfaite de l’avoir fait.

C’est à Seb de passer, vous savez, l’accoucheur précoce dont j’ai parlé tout à l’heure. Et lui, c’est autre chose, il ne lit pas son texte, il le vit. Ses mots claquent, sa voix s’emballe, son texte résonne et sonne juste. Plus proche du slam. Il y a même une chute et nous sommes tous suspendus à ses lèvres attendant l’instant fatal. Applaudissements.

Encore un dernier participant et c’est déjà fini. Oui, déjà, car malgré l’angoisse de la page blanche, ces deux dernières heures ont réellement été une redécouverte pour moi. L’atelier s’achève ainsi, tout le monde discute un peu, de sa vie, nous ne sommes plus poètes, nous redevenons simples civils. Je dis au revoir à tout le monde et rentre chez moi, essayant en même temps de ne pas me tordre la cheville dans le terrain vague qui est à présent totalement englouti par l’obscurité. Je loupe une marche et manque de tomber…

Enfin, je suis ravie, le cerveau encore un peu engourdi par l’effort. Quelques étirements seraient de rigueur pour éviter les courbatures demain matin. Dans tous les cas, cet atelier a été une réelle découverte pour moi. Parce que oui, la poésie c’est aussi l’oralité, c’est aussi la prose mais c’est surtout oser. Alors la prochaine fois, c’est sûr je tenterai quelque chose de différent.

Mylène Ruchaud

Le site de l’association : lachambrebleue.org

Les prochains rendez-vous

  • Prolongation des performances : mercredi 22 et jeudi 23 juin à 20h à la Galerie des Étables
  • Atelier enfin d’initiation à la photographie instantanée : mercredi 22 juin de 14h à 16h
  • Lectures de poèmes par leurs auteurs : samedi 25 juin à 22h

Réservation Performances : www.weezevent.com/de-vers-a-soi
Réservation Ateliers : cettechambrebleue@gmail.com

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