Ou comment quatre danseurs, pas à pas nous entraînent, nous empoignent, nous enchaînent. Déchaînés qu’ils étaient dans un voyage corporel.
La lumière se fait, nous découvrons sans bruit un quatuor de corps figé, regard lointain comme arrêté. Les minutes tombent avec lenteur et le mouvement advient. Ousseni Dabare, Romual Kabore, Salamata Kobre et Adjaratou Savadogo se touchent, se découvrent, ils s’apprennent, se répondent, sans son que celui de leurs pas, dans un souffle : le leur. Ils s’amusent, jouent à se découvrir et chutent, un à un, tendrement. Ils explorent, exposent et tombent sans cesse toujours un peu plus vite, toujours un peu plus violement et finissent par s’entretuer dans un sourire. Encore, encore, en corps, comme si la barbarie frivole ne pouvait s’arrêter.
Expression libre, corps poussés à bout, voila ce que nous propose Herman Diephuis dans divers tableaux ou solo, duo et quatuor s’enchainent. Le tout rythmé par une playlist aux allures de bande son historique ponctuée de silences. Comme si l’histoire, la leur, la notre, celle de la pièce ne pouvait parfois se dire que dans le vide des mots.
Vide, bordé par une énergie incroyable, pure folie ou parfois l’on ne sait plus ou donner de la tête. Les corps en scène sont à la limite …. encore …. entre rire et macabre, grâce et délire, burlesque et barbarie. Dans cette opposition cependant une main levée demeure. Ainsi, chaque danseur pointera tout au long du spectacle un doigt. Tour à tour dirigé vers l’avenir, vers l’autre, dans un dialogue tendu de découverte. Ainsi, ils pointeront leur corps, celui de leur partenaire, ou le public. Interrogateur, parfois accusateur voir meurtrier. Echo d’une pensée poussée à l’extrême, Herman Diephuis, démontre ici que la mise à mort n’est jamais loin d’un éclatant sourire.
Restera l’impression fugace d’une explosion d’énergie libératrice enfermée dans leurs pas. Une image, des traces, celle de leur corps exultant, marquant la scène de gouttes de transpiration.
