Des pièces sensibles qui touchent à l’infiniment petit…
Un rendez-vous vous est donné.
Celui de vous rendre en ce jour x, dans ce lieu x, pour tendre l’oreille et laisser s’y déposer, durant cinq minutes, l’histoire qui se passe « derrière la porte ».
Il se peut que le rendez-vous ne vous soit pas donné mais vous tombe dessus. Prenez la proposition comme elle vient : durant Novart à La voiture qui tombe (Marché Victor Hugo), à l’accueil hospitalisation de l’Institut Bergonié, en itinérance dans la ville (dans sa version Installation).
À QUOI RECONNAÎT-ON « PAYSAGES NOMADES », CE MICRO-THÉÂTRE DISSÉMINÉ ICI ET LÀ ?
Quatre sièges ronds, rouges et confortables se dressent de manière circulaire, délimitant une zone que vous serez bientôt invités à pénétrer. Comme deux personnes qui vous entourent, vous prenez place dans l’un des trois chaleureux habitacles disponibles. Un micro-climat traîne dans l’air ; laissé par la pièce précédente, il est vite chassé par l’annonciation douce – au moyen d’un marque-page sur lequel est écrit un titre – de celle à venir.
Face à vous deux comédiens se partagent un fauteuil, ils sont accolés, c’est intime. Vous-mêmes êtes intimement reliés à eux : un fil court de leur micro à la petite table centrale où vous prenez un casque et le fil remonte jusqu’à vous.
Mais déjà les comédiens se transforment en personnages alors que le micro capte leur souffle, leurs lèvres qui se retroussent sur les dents, leur raclement de gorge. Ça y est, vous êtes dans l’infiniment petit. Des voix chuchotantes rompent le silence, la pièce a commencé.
Dans ce spectacle intime, le micro-jeu des comédiens Laetitia Andrieu et Jérôme Thibault est une des portes d’entrée aux univers des quatre pièces : Négociations, Derrière la porte de la chambre froide, Les chambres, Behind the green door.
Pour comprendre cette expérience autour du micro-théâtre, nous sommes allés voir du côté des comédiens, ces deux passeurs d’histoires. Une question en tête : FINALEMENT, AU-DELÀ DE CE RAPPORT INTIME QU’ENTRETIENT LE SPECTATEUR A LA PIÈCE ET AU SPECTACLE, QU’EN EST-IL DU COMÉDIEN ?
Laetitia Andrieu et Jérôme Thibault incarnent pour la deuxième fois une série de quatre couples. Certains auront pu faire l’expérience lors de Novart 2014 de « Zone de Turbulences », une collaboration artistique entre quatre auteurs, quatre illustrateurs et deux comédiens, sous la direction artistique de Monique Garcia. « Paysages nomades » s’inscrit dans la continuité de cette collection, avec un nouveau thème « Derrière la porte » et les mêmes contraintes : une durée de cinq minutes par pièce et un dialogue entre un homme et une femme.
Comme l’explique les comédiens, le passage du texte à la micro-représentation chuchotée ne se fait pas de suite. La rythmique de l’écriture est un guide qu’il faut lire attentivement : une partition musicale. Laetitia et Jérôme expliquent que les premières lectures se font à haute voix, qu’elles durent neuf minutes. Le travail de direction d’acteur mené par Monique Garcia est alors essentiel. Il faut faire ressortir l’univers de chaque auteur, jouer sur les rythmes et les silences. Il y a compression du volume et de l’intensité de la parole, l’énergie se transformant avec le chuchotement. Les micro-actions ont à cette échelle une importance amplifiée : les jeux des mains, l’orientation des regards (tantôt à l’adresse du spectateur, tantôt faisant totalement abstraction de lui).
À cela s’ajoute la dimension performative du spectacle : le live se déroule sur 3h, en deux sets de 1h30. Laetitia et Jérôme évoquent le rapport physique et l’importance de ce temps long. La notion du temps se perd dans ce théâtre en boucle puisque « seulement » quatre textes sont joués. Une contrainte qu’ils apprécient, qui leur permet d’explorer les textes, de les redécouvrir, de se confronter à la complexité de l’écriture. Il arrive un moment de lâcher-prise face à l’épuisement. Oui, il peut y avoir des trous. Non, pas d’ennui, jamais. Chaque micro-pièce a son contexte unique : les spectateurs ne sont pas les mêmes, l’environnement sonore varie et s’immisce plus ou moins dans la pièce.
Cette captation de la vie extérieure par le micro ou directement dans les oreilles les plus affinées (les casques assourdissent les sons) se fait de manière hasardeuse. Un état de sensibilité ou de concentration intense peut vous rendre tout à fait hermétique aux perceptions de la réalité extérieure.
« Paysages nomades » fait ainsi appel à l’auditif, mais aussi à toutes autres sortes de perceptions. À vous de voir si vous fermerez les yeux ou si vous les garderez bien ouvert au spectacle. Quoi qu’il en soit, profitez de ces voix qui vous happent dans ce procédé de pièce radiophonique : quatre dialogues, quatres histoires, quatres univers.
UNE CHANSON POUR REMPLACER LE CAFÉ LE MATIN ?
Laetitia
https://soundcloud.com/xamirb/le-caf-oldelaf?in=espritmusique/sets/playlist-sc-nes-en-r-gions
Jérôme
« Qué suerte! » Violeta Rivas
LE DERNIER LIVRE QUE TU AS LU ?
Laetitia « Et Nietzsche a pleuré » Irvin Yalom
LE DERNIER FILM QUE TU AS VU ?
Jérôme « Los ojos de Julia » Guillem Morales
Pour ceux qui n’auraient pas la chance de croiser la version Live, une version Installation itinérante est à votre disposition: une application sur tablette où c’est à vous de choisir l’histoire.
Dans les deux versions, les illustrations des quatres artistes Richard Guérineau, Adrient Demont, Laureline Mattiussi et Guillaume Trouillard offrent une autre lecture des pièces.
Les textes de Baptiste Amann, Myriam Boudenia, Mariette Navarro et Arnaud Poujol sont édités par Les Editions Moires.
Pièces à voir courant octobre :
http://www.globtheatre.net/index.php?option=com_content&view=article&id=126&Itemid=609
