Photojournalisme et Humanisme à la Base Sous-marine.
L’exposition présentée dans le cadre du cycle des photographes de l’Histoire à la Base Sous- Marine de Bordeaux, retrace ici le parcours d’un père et d’une fille ayant activement mené un combat pour l’information en étant des acteurs majeurs du photojournalisme. Après Henri CARTIER-BRESSON, Robert DOISNEAU, Robert CAPA, Gilles CARON et nous en passons, c’est au tour de Pierre et Alexandra BOULAT d’être mis à l’honneur.
Pierre BOULAT fut le premier journaliste occidental à pénétrer en URSS depuis la guerre en 1955 et en Chine en 1964 et sera également le témoin privilégié des Trente Glorieuses. Ayant travaillé entre autre pour Life, National Geographic et Paris Match en tant que photographe de mode, il est co-fondateur de l’agence Cosmos avec sa femme Annie Boulat.
Alexandra BOULAT, photo-journaliste de réputée internationale et co-fondatrice de l’Agence VII avec l’un des reporters-photographes de l’agence Magnum, James Nachtwey, a couvert la plupart des conflits des vingt dernières années au Proche et Moyen-Orient et ce jusqu’à sa mort en 2007, à l’âge de 45 ans. Peintre à la base, celle-ci se passionnera par la photographie transmise par son paternel et traitera le photo-journalisme « version couleur ».
Une rétrospective de leur travail a été présenté par Reporters Sans Frontières au Petit Palais à Paris, du 9 septembre 2010 au 27 février 2011 ainsi qu’une parution des « 100 Photos pour la Liberté de la Presse ». Aujourd’hui, la Base Sous-Marine, accueillera dans l’antre de ses murs chargés d’histoire, les deux regards croisés qui témoignent de notre histoire. Alors n’hésitez pas et allez vous fondre dans ce cadre historique afin de ressentir au mieux le travail de ces deux Grands.
Une exposition qui débutera le 31 janvier jusqu’au 18 mars 2012 à la Base Sous-Marine de Bordeaux.
Entrée libre, du mardi au dimanche inclus de 13H30 à 19H00.
RETOUR D’EXPO
Une exposition Humaniste et Sincère, voilà le sentiment ressenti une fois la balade achevée au sein du cadre idéal qu’est la Base Sous-marine. Après avoir été interloquée, touchée, renversée par ces 100 clichés photographiques qui témoignent de leur propre temps, voici venu celui de la prise de conscience. Deux époques différentes, deux styles différents, deux sensibilités différentes.
L’un, Pierre BOULAT, fait usage de l’argentique et de ses puissantes compositions en noir et blanc qui sont le reflet d’un monde, d’une époque de l’Après-guerre qui retrouve la joie de vivre et qui se reconstruit ; tandis que l’autre, Alexandra BOULAT, photographie à l’aide de son appareil numérique des images poignantes exclusivement en couleur qui rehaussent la dureté et la violence de la vie en période de Guerre et dans lesquelles elle tente de faire ressortir la lumière.
Père et fille se rejoignent ici en tant que témoins de leur propre temps afin de réveiller les consciences. Le fil conducteur de l’exposition étant l’humanisme et le lien père-fille, on reconnaît bien dès la première partie de l’exposition, la dualité qu’offre les clichés, ceux-ci présentés sur fond de musique de « boite à chagrin » accentuant ce sentiment de nostalgie, de mémoire.
Des teintes sombres mais en même temps lumineuses par le regard de Pierre BOULAT qui retranscrit en image une période phare de la re-construction économique et sociale que sont « Les 30 Glorieuses » mais également des évènements historiques tels que la crise algérienne avec les Manifestations à Alger contre le référendum français du 28 septembre 1958, par la foule qui écoute le “Je vous ai compris”, discours du Général de Gaulle à Alger en Mai 1958. Puis dans un même registre, les conditions de vie des Nord-Africains dans le bidonville de Nanterre en 1955.
Des photographies gorgées de couleur, marque de fabrique d’Alexandra BOULAT, détaillent la Vie qui suit son cours et le peuple se tenant encore debout malgré la violence de l’environnement dans lequel il survit. La force de ces captures est de montrer un regard juste et simplement humain.
L’exposition nous emmène petit à petit sur le terrain de la Guerre, de sa cruauté et de la détresse. Le fond musical change, pas l’intention, les notes berbères apparaissent.
Alexandra BOULAT a travaillé pour plusieurs reportages sur les pays du Proche et Moyen Orient tels que le Kosovo, l’Irak, la Palestine, la Cisjordanie, la Croatie et l’Afghanistan. Des clichés lourds montrant le visage de l’islamisme ou comment continuer à vivre sous des bombardements incessants. Un de ses derniers travaux photographiques : les femmes et « l’Axe du Mal », plus précisément le statut des femmes sur la ligne Kaboul – Téhéran, tiraillées entre volonté d’émancipation et poids des traditions islamiques. Des clichés présentant la participation des femmes afghanes se rendant aux urnes pendant les élections présidentielles en 2004 à l’Académie de Police des femmes à Téhéran, entraînées au tir et qui deviendront les gardiennes de la Révolution. Au-delà de cette violence, l’espoir fait face, les prières persistent.
Petit clin d’œil final aux deux Grands. Pierre BOULAT ayant collaboré en 1955 avec la prestigieuse revue « Life Magazine » et en 1982 avec « Paris Match », aura fait des rencontres exceptionnelles tout au long de sa carrière telles que l’écrivain Truman Capote, ou bien le célèbre couturier français Yves Saint Laurent pour qui il couvre les préparatifs de ses tous premiers défilés de haute couture. Et pour mettre un point d’honneur à la carrière du couturier, Alexandra BOULAT prendra un cliché de ses adieux, ce qui lui vaudra l’attribution du « World Press Photo » dans la catégorie ART pour « Yves Saint Laurent, dernier défilé ».
Deux regards croisés. Soixante ans d’événements historiques, de l’Occupation à la Vème République, de l’Algérie Libre à l’Afghanistan envahi, du premier au tout dernier défilé de la Collection d’Yves Saint Laurent : deux chemins différents mais un même dialogue.
Entretien avec Camille BOYER, chargée des relations presse, à la mairie de Bordeaux et Pauline BEN ALI de l’équipe HAPPE:N.
Comment est née l’exposition « Deux regards / Deux générations » ?
C’est sous l’impulsion de « Reporters sans Frontière » que le projet a vu le jour. Il a été présenté pour la première fois au Petit Palais de septembre 2010 à février 2011. L’agence Cosmos dirigée par Annie Boulat, femme et mère des exposants, participe également à l’organisation de l’exposition. A la Base sous-marine, nous avions déjà un thème qui consistait à exposer des photographes de renommée internationale, donc l’exposition collait bien au cadre. Et puis, les images d’Alexandra Boulat constituent une première car c’est la seule exposition en couleur que nous programmons à ce jour, dans le cadre de « Photographes pour l’histoire ».
Le titre de l’expo est explicite. Qu’est-ce qui fait cette différence de sensibilité entre les deux photographes ?
Les images de Pierre Boulat (1924-1998) reflètent tout d’abord la période à laquelle elles ont été prises. L’après-guerre. C’est l’époque de la reconstruction et des Trente Glorieuses, des images traitant de l’humain avec une bonne dose d’humour. Ce sont aussi les témoignages du quotidien d’un Français de l’époque, comme celle de l’enfant obligé de boire un verre de lait par jour (premières campagnes sur la nutrition des enfants), ou du mariage berrichon par exemple. Avec Alexandra Boulat (1962_2007), on entre dans une internationalisation de la profession et une époque beaucoup plus sombre. Plus qu’une question de sensibilité, c’est une question d’époque qui fait la différence des sujets traités. Et aussi la suprématie de l’image choc qui pèse sur les clichés. De la Yougoslavie à la guerre en Irak, en passant par le conflit afghan, on sent le changement de génération. Elle porte un grand intérêt pour la détresse des populations du Moyen-Orient qu’elle transmet à travers ses images. Ce sont aussi les commandes qui veulent cela, car Alexandra fait la couverture de nombreux magasines, mais réalise également des reportages pour elle-même. On le voit d’ailleurs dans l’aspect de certaines images calibrées pour les unes, et d’autres beaucoup plus personnelles, comme la mère qui emmène son enfant à la mer, en plein conflit israélo-palestinien. Enfin, la suprématie de la couleur est primordiale chez Alexandra rendant les images beaucoup plus percutantes.
Au final, quelle exposition les relie dans leurs travaux respectifs ?
Sans doute Yves Saint Laurent. Pierre Boulat avait couvert le premier défilé du créateur, une première tendue, où certaines images montraient le styliste angoissé, regardant la salle de derrière un rideau. Sa fille, elle, avait couvert le dernier, ultimes instants d’un personnage rodé aux représentations stylistiques, en passe de donner la main.
Culture Oblige ! Nous vous proposons une petite sélection de bouquins à découvrir ou redécouvrir :
– « Mes années LIFE », Pierre Boulat, Pierre Boulat / Cosmos Prim, 1997.
– « Eclats de Guerre », texte d’Alexandra Boulat, édition des Syrtes, 2002
