Sur le ring avec Sweat Like An Ape

Un deuxième album tout frais et une release party ce soir dans l’antre du Void. Rencontre avec les Sweat Like An Ape.

Deuxième round électrique pour cette horde de babouins fringués au poil et à la cravate. « Dance to the ring in our ears« , annonce la couleur épileptique des dix titres de ce second opus qui s’enchaînent tel un sprint de skeleton désarticulés. Les Bordelais de Sweat Like An Ape continuent de creuser le sillon dance punk dans la lignée de James Murphy, Wire, de Gang of Four, ou encore de Pharoah Sanders aux heures les plus free du spiritual jazz. Ce nouvel album atteint parfois des cacophonies orgiaques à peine effleurées sur le premier (Numbers). Le son est plus dense, la basse ronronne comme une cocotte et les guitares s’uppercutent respectivement. Débrief à la loupe avec Sol, chanteur crooner de la fratrie :

Hello les Sweat like an Ape ! Vous revenez sur les devants de scène avec ce deuxième album « Dance to the ring in our ears« . Et c’est une belle surprise vu l’emploi du temps chargé de chacun : Sol tu joues dans plusieurs projets (Sol Hess & The Sympatik’s, Docteur Culotte), vous avez un batteur dessinateur, un bassiste bijoutier et un guitariste peintre qui a le cœur déchiré entre la Chine et Bordeaux… Dans quel état d’esprit s’est fait l’enregistrement pour arriver à réunir tout le monde ?

Sol : On est effectivement un groupe plutôt bien occupé. Mais ça ne nous a jamais empêché de nous retrouver pour travailler de façon intense sur le projet. Comme nous sommes tous les quatre maîtres de nos emplois du temps, on a tendance à s’organiser pour se retrouver sur des sessions de plusieurs jours. L’album a été composé sur des temps de résidence (à la plage, parce qu’on ne se prive de rien). On aime bien ce fonctionnement de travail, car ça nous permet de nous plonger dans le répertoire de façon totale pendant un temps donné, avec une certaine cohérence. Au fur et mesure, on arrive à voir le squelette et la trame de l’album se construire. On cherche à ce que nos albums aient des dynamiques et des contrastes, de sorte que l’auditeur puisse non seulement danser sur la table de son salon, mais aussi y déceler une sorte de dramaturgie.

On vous imagine mal passer des mois en studio à faire des re-re de re-re… Vous enregistrez avec la même spontanéité que vos performances live ? C’est du moins ce qui s’en ressent à l’écoute…
Sol : Oui, cela a toujours été une priorité. Toutes les instrus sont enregistrées « live », afin que l’âme du groupe soit tangible. Du coup, notre objectif est d’être très bien préparé avant de rentrer en studio dans le but d’y être le plus efficace possible. On a passé 5 jours au Studio Amanita à Anglet, avec Stephan Krieger aux commandes, lequel est vraiment un allié précieux lorsqu’il s’agit de retrouver l’essence et l’énergie d’un groupe.
Vous aviez la volonté de garder un « son » assez primal comme sur le premier opus plutôt que d’expérimenter d’autres procédés en studio ?
Sol : Je ne sais pas si on peut vraiment parler d’un son « primal ». Il me semble qu’il y a des disques avec des sons bien plus bruts que les nôtres. Ce qui est sûr c’est qu’on cherche à avoir un son « naturel », même si c’est d’une relativité totale. Surtout, on n’est pas très friands des masters sur-boostés. Cela a beau donner un aspect indétrônable au son, en général c’est au détriment de l’âme du groupe. A ce sujet, j’aime bien penser à Tarkovski qui disait que la force d’un plan large au Cinéma, c’est qu’il suggère l’infini au-delà du cadre, l’invisible en somme. Les écrans plasma sur-définis m’ôtent ce plaisir-là car il n’existe plus que des détails que je perçois tout à coup de façon bien trop palpable (la peau et la texture des cheveux des comédiens…) ; impossible de s’en détacher pour voir apparaître l’ensemble, et du même fait ce qu’il y a au delà de l’image.
Pour moi cette notion de ce qu’on peut imaginer au-delà de ce qu’on voit ou entend est essentielle, cela participe à la profondeur d’une œuvre. Aujourd’hui, nombre de disques ont des masters tellement massifs que leur son s’impose à l’auditeur et ne laisse la place à rien d’autre, aucune suggestion au-delà de ce qu’on perçoit indubitablement. Et selon moi, c’est dommage. En tous les cas, ce qui nous semble assez évident, c’est qu’un son « plus produit » semblerait antinomique avec l’urgence que le groupe cherche à retranscrire sur disque.
On entend d’ailleurs une lueur de sax sur « Shine » jusqu’à des débordements très free… Avec qui vous avez collaboré ? Vous êtes des amateurs de jazz ?
Sol : J’ai perdu ma mère pendant la conception de l’album. J’ai donc écrit le texte de « Shine » pour elle, peu de temps après son décès. Elle était danseuse et chorégraphe, et travaillait notamment beaucoup avec de musiciens de free-jazz. C’est la première musique que j’ai entendu de ma vie, et à ce jour le spiritual free fait vraiment partie de ce que je préfère. Avec Pierre (guitariste) on se passionne beaucoup pour cette période : Pharoah Sanders, Sonny Sharrock, le couple Coltrane, Albert Ayler, mais aussi la scène française, Barney Wilen, Jacques Thollot… Du coup pour moi cela avait un sens très fort, et comme les autres étaient vraiment partants, on a invité Sébastien Capazza (Monologue Trio, Cie Fracas…), lequel, en plus d’avoir été le premier guitariste de Sol Hess & the Sympatik’s, est un saxophoniste free exceptionnel et très inspiré. Il a fait deux prises qui se répondent, une à gauche et une à droite. On les a trouvées tellement belles qu’on les a même mises toutes seules, sans le morceau, en piste cachée sur la version CD de l’album.
Sol, on t’entend aussi psalmodier pas mal de bribes de textes comme dans « City » et « Safe Word » qui ouvre et conclut l’album. Dans quoi puises-tu cette matière ?
Sol : J’ai écrit le texte de « City » vraiment pour le morceau, dans l’idée qu’il puisse y avoir une sorte d’introduction à l’album. Je ne saurais te dire de quoi je me suis inspiré, je lis, je regarde des films, j’écoute de la musique tout le temps, et tout ça me nourrit de façon chaotique sans cesse. « Safe Word », c’est un peu différent. On avait pris de l’avance pendant l’enregistrement, et on en a profité pour composer ce morceau en studio.
Ce qu’il faut savoir c’est qu’en plus d’être ingénieur dans son studio Amanita, Stephan Krieger a eu un label fantastique du même nom (Shunatao,Voodoo Muzak, RWA, Moe Staiano…), et faisait aussi de la distribution pour plein de labels et éditeurs de livres undergrounds. Ainsi en général, entre les prises on se retrouve souvent à quatre pattes à dénicher des trésors de ses cartons… Ce jour-là, il m’a montré un exemplaire d’un magazine de l’éditeur anglais, Headpress, lequel est truffé de perles, dont un reportage sur le tournage d’un film sado-masochiste… J’ai lu un extrait du texte de cet article sur le morceau qu’on venait de composer, et ça a donné « Safe Word ».
Votre point fort, il faut bien le dire, c’est quand même le live. Comment s’est passé votre tournée pré-release ?
Sol : C’était super sur toute la ligne. On a pu jouer le nouveau set dans des lieux vraiment cools pour des gens très enthousiastes. Et comme c’était dans le nord-est, il y avait de la neige partout ! On adore la neige, parce qu’on habite à Bordeaux et qu’il n’y en a jamais.
C’est quoi l’attitude d’un Ape en tournée? Plutôt du genre à siroter et fureter ou à boire des verveines et à se coucher tôt ?
Sol : En fait, ça dépend un peu de l’humeur de chacun… Mais j’ai honte d’avouer qu’en général, après avoir joué je cherche à me coucher pour pouvoir lire de la science-fiction au lit…
Le photographe Kami est d’ailleurs parti sur les routes avec vous…
Sol : Oui, Kami est vraiment cool. On a la chance qu’il adore le groupe, il nous gâte avec des photos que plein de groupes rêveraient d’avoir… Et on a même profité de la tournée pour réaliser avec lui notre prochain clip qui sortira fin mars.
Vous sentez vous proche des groupes signés sur votre label Platinum Records (Rubin Steiner, DRAME…) ?
Sol : Proche en terme de style, c’est difficile à dire… Parce que Platinum a toujours été un label très ouvert, pouvant signer aussi bien du hip-hop que de l’electro ou du rock… Ce qu’est sûr, c’est qu’il y a souvent chez les artistes du label un attrait pour un certain métissage musical (Funken, Rubin Steiner, CR Avery) et pour un côté « dance-floor »… En cela on se sent plutôt à notre place.
Des dates, festivals, clips à venir d’ici cet été ?
Sol : Oui, il y a pas mal de dates déjà confirmées et d’autres en discussion à venir très vite. Le second clip de l’album devrait sortir à la fin du mois.
En tournée :
16 mars : Void @ BORDEAUX (Release Party)
13 avril : Le Dynamo Café @ NANTES
14 avril : Joker’s Pub @ ANGERS
15 avril : Espace El Doggo @ LIMOGES
29 avril : La Basane @ MIRAMONT-DE-GUYENNE
5 mai : L’Alternateur @ NIORT
6 mai : Mains D’Oeuvres @ ST OUEN/PARIS
13 mai : Le Krakatoa @ MÉRIGNAC (1ère partie de PONI HOAX)
19 mai : Celtic Pub @ TARBES
20 mai : Rock à Puyoo @ PUYOO
27 mai : La Machine à coudre @ MARSEILLE
16 juin : Les Ateliers de Bousseres @ PORT-SAINTE-MARIE