Tu as passé deux ans à photographier des concerts avant de t’orienter vers le reportage. Pourquoi ce choix?
Après deux ans à photographier des concerts, j’ai voulu faire un point sur ces années en organisant une exposition avec mes photographies. J’avais une bonne sélection d’artiste : Iggy Pop, Lou Reed, Sting, etc… mais j’ai vite réalisé que je n’aurai pas d’histoire à raconter. À part dire que tel ou tel artiste était sympa ou que les conditions d’accès pour tel ou tel concert étaient effarantes, j’étais assez limité. Je voulais raconter des histoires, capter l’attention des gens sur des situations, intéresser. Faire place à l’imagination aussi et essayer de placer le « spectateur » en témoin privilégié d’une histoire. Bref, photographier pour photographier, ce n’était plus mon truc, je voulais donner du sens à tout ça. J’ai toujours été fasciné par ces grands reporters qui s’immergent dans des tribus reculées et y passent des mois voire des années, pour sortir une sélection de 20 photographies exceptionnelles. Je voulais comprendre le mécanisme, apprendre et acquérir la maturité nécessaire pour faire la même chose. Loin d’en être arrivé, je suis plus fier de ce que je fais maintenant. J’ai bien avancé mais il y a encore beaucoup de travail. ça tombe bien, c’est ma passion.
Tu nous prépares quoi pour le 17 octobre ?
Je vais y exposer une série que j’ai réalisée en immersion avec 3 marins. Jean-Marc, Thibault et Alex vivent de la pêche depuis plus de 20 ans. Ils se lèvent tout les jours à 4h du matin pour aller sur l’océan et passent 12h par jour sur leur bateau. C’est ma curiosité qui m’a amenée à faire ce reportage mais aussi la passion de voir des gens passionnés. Je suis très heureux de participer au Festival Vie Sauvage, d’abord parce qu’il correspond à ce en quoi j’ai toujours cru, le vrai, le sincère et surtout parce que les photographies que je réalise sont inspirées de l’histoire des gens que je rencontre. J’ai hâte de rencontrer, de parler, d’échanger et peut être que quelqu’un aura une histoire passionnante à me raconter.
Patience, autodidacte, influence de la météo… On a trouvé pas mal de points communs entre la pêche et la photographie. On se trompe ?
Avec le développement des smartphones et l’avènement des réseaux sociaux comme Instagram, tout le monde peut se croire photographe. C’est quoi ton avis là dessus ?
Là aussi, si on considère que chaque personnes qui fait de la photographie est un concurrent potentiel, on peut arrêter tout de suite ce métier. Les gens m’inspirent, de par leurs histoires, de par leur photographie, de par leur façon de penser. J’incite ces gens à continuer ce qu’ils font et je les en remercie. Ils m’aident à aller plus loin, à dépasser des frontières que je ne connaissais pas, ils me font évoluer. Sans avoir la prétention d’une expérience colossale, je donne souvent le même conseil à ceux qui veulent commencer : « Si tu veux te lancer dans la photographie et devenir célèbre, abandonne tout de suite. Si tu n’écoutes pas mon conseil, c’est là que commence ta carrière. »
