Festival Échappée Belle 2025 – Machine à rêver

Se rendre au Festival Échappée Belle, c’est un peu comme préparer un petit voyage : la veille, j’organise précautionneusement mon planning du lendemain. Programme dépliant en main, je mets un petit coeur à côté des titres des spectacles qui me font envie, symbole qui sera agrémenté d’un “+” si j’ai vraiment un bon pressentiment, que j’apprécie l’artiste ou la compagnie qui le propose, ou que quelqu’un.e m’en a dit du bien.

Après cela, petit tour sur météociel. Le paramètre météorologique a son importance car il déterminera la composition de l’équipement à avoir avec soi (plutôt casquette-crème solaire ou ciré-maxi parapluie ?). Cette année, c’est idéal : pas trop chaud, pas de pluie prévue (ou seulement quelques gouttes), le temps sera clément, merveilleux ! Ce point météo passé, il est temps de passer aux spectacles, non ? Allons-y !

Roue Giratoire – Compagnie Les Filles du Renard Pâle

Avant même que quelque chose ne commence, je suis interpellée par l’objet scénographique qui trône là, au centre de l’espace herbeux du point n°2 du Parc de Fongravey, autour duquel un public nombreux s’est massé. Cette structure de ferraille n’est pas spectaculaire par sa taille qui reste à hauteur d’homme (ou plutôt, de femme), mais elle laisse entrevoir la possibilité d’acrobaties infinies… Et je vais être servie ! Car on est bien loin de la roue simpliste qui sied au hamster las de sa vie en cage. Ici, le dispositif giratoire (régulièrement bidouillé par un interprète-traficoteur) tourne dans tous les sens et emmène le corps de l’acrobate qui la foule dans d’autres dimensions. Un univers en suspension où les repères proprioceptifs sont brouillés, invitant à s’interroger sur l’élasticité du temps et la souplesse de l’espace, s’amusant des règles de la physique. 

© Pierre Planchenault

Dans ce monde à la mécanique étourdissante, l’acrobate se joue de la gravité, fait de l’ordinaire du sensationnel. Ses mouvements précipités deviennent, étonnamment, une invitation à ralentir. Sublimée par une partition musicale réalisée en direct par un musicien complice, Roue Giratoire accroche le regard. Vingt-cinq minutes d’un magnétisme enivrant. 

Le Crew – Compagnie Rêvolution

Dans la plaine en contrebas du château, cinq danseur.euse.s s’emparent de l’espace avec leur hip hop haché, cadencé. Chacun.e, équipé.e d’une enceinte connectée diffusant des sons électros (clin d’œil aux “hommes-jukeboxe” des années 80), se lance dans des chorégraphies millimétrées saisissantes par leur technicité. Ça poppe, ça breake, ça locke sec ! À plusieurs reprises, des membres du public sont invités à fouler l’espace de jeu, rejoignant la petite communauté de danseur.euse.s dans sa frénésie artistique. Quelques-unes de ces convives vivent leur moment de gloire pendant que d’autres restent de marbre, mal à l’aise devant tous ces regards braqués sur eux.elles… Si la partition dansée est bien réalisée, l’émotion peine à s’emparer de moi. Mais d’autres semblent galvanisé.e.s et courent rejoindre “la scène” lorsque se termine la représentation. Joyeusement, ils.elles embarquent aux côtés des artistes et créent un final collectif heureux et plein d’entrain. 

© Pierre Planchenault

Transports exceptionnels – Compagnie Beau Geste

Après avoir parcouru des chemins bordés de hautes herbes (petite pérégrination ma foi agréable), je descends tranquillement vers le parking qui jouxte le complexe sportif (rebaptisé point N°10 sur le temps du festival). 

Au centre de cette place, sur le bitume chaud, une pelleteuse nous accueille, triomphale. Rapidement rejointe par un homme en costume immaculé, le spectacle démarre sur des airs d’opéras classiques… mélodies auxquelles viendront se mêler, au fil de la représentation, les ronronnements sourds de la pelle mécanique. Tel un dresseur de bête sauvage ayant gagné le respect et la confiance de son.sa partenaire de jeu, le danseur invite sa créature d’acier dans un ballet aérien à couper le souffle. Cette chorégraphie à la douce puissance me fascine par les rapports de forces qu’elle met en jeu. Face au colosse de ferraille, la fragilité du corps humain est exacerbée… “Pas de deux” impétueux ou duel délicat ? Mon esprit oscille encore quant à la manière de définir Transports exceptionnels. Ce qui est certain cependant, c’est que la prouesse de ce duo homme-machine réside dans la conduite de l’engin… La moindre erreur pourrait s’avérer fatale ! 

© Pierre Planchenault

À l’heure où les créatures robotiques s’immiscent dans notre monde, comment penser nos relations à elles ? L’espèce humaine sera-t-elle préservée d’un anéantissement par les machines ? Sont-ce de prochaines batailles à mener ou de nouveaux rapports à inventer ? Affaire à suivre !

Rino – Compagnie TWO

La bicyclette étant une partenaire d’aventures précieuse dans ma vie, j’étais curieuse de voir ce que proposait la Compagnie Two avec Rino, dont l’équipe artistique narrait quelques jours avant l’événement sur les réseaux sociaux son épopée pédalesque entre Agen et Blanquefort pour rejoindre le Parc de Fongravey. Ce teasing écolo-insolite m’ayant totalement séduite (car le spectacle tourne autour d’un vélo acrobatique), me voilà installée dans un plan gradiné qui fait face à la scène. Mais avant que ce plateau à ciel ouvert soit habité, c’est le gradin qui devient le théâtre des élucubrations radiophoniques de deux acrobates-comédiens-animateurs radio. Muni.e.s d’un micro, d’une guitare et d’un charmant trait d’esprit, il.elle.s déambulent au milieu des badaud.e.s massé.e.s là pour l’occasion afin de recueillir de belles et moins belles anecdotes personnelles autour du vélo. 

© Pierre Planchenault

Ce joyeux foutoir radiophonique s’invite alors sur le plateau qui devient tour à tour studio d’enregistrement et piste acrobatique cyclable. Les saynètes s’enchaînent, drôles, émouvantes, palpitantes ; échappées vélocipédiques entrecoupées de flashs radio qui donnent du rythme. De simples tours de piste à vélo (lors desquels les artistes accessoirisent leur accoutrement avec dextérité) se transforment alors en véritables odyssées traversant les frontières et les époques. C’est fort tout en étant d’une grande simplicité. Bravo !

Et si le message “free Gaza” arrive comme un cheveu sur la soupe à la toute fin de la représentation, c’est une façon de crier qu’être artiste c’est faire passer des émotions certes, mais c’est aussi et surtout défendre des positions. Je milite donc à mon échelle, avec mes mots ici : libérez Gaza !

Josianes ou l’art de la résistance – Compagnie Josianes

La nostalgie commence à pointer à Blanquefort… Ultime spectacle du festival en ce dimanche soir, dernier jour de l’événement… la fête est (bientôt) finie, mais j’ai envie de savourer jusqu’à la fin ! Pour cela, je me dirige vers un drôle de restaurant baptisé “Chez Josiane” : en fait, il n’en est rien, c’est une façade en carton-pâte ! C’est devant / dedans / autour de ce décor vertical que se joueront les cinquante prochaines minutes.

Si certain.e.s considèrent les féministes comme des personnes aigries, folles ou hystériques, voilà qui devrait les réconcilier avec le sujet de la place des femmes dans nos sociétés passées et présentes (mais surtout patriarcales). Cette “comédie musicale” (quasi burlesque) menée par une bande de quatre femmes rayonnantes rafraîchit ! Exit les lourds discours et les paroles enragées, car Josianes ou l’art de la résistance fait dans la subtilité. Un chant, une chorégraphie, une envolée acrobatique sont les médiums dont se saisissent nos quatre artistes pour faire passer leurs messages. Les femmes comptent, rayonnent, excellent… et il va falloir faire avec ! 

J’ai franchement envie d’intégrer ce clan plein d’allégresse transpirant de sororité. Eh dites les Josianes, vous m’accueillez ? 

© Pierre Planchenault

Enchantée de cette journée passée au cœur du poumon vert blanquefortais, je rejoins la sortie avec le cœur léger. Le festival Échappée Belle tient définitivement toujours sa promesse de réunir, quelques jours durant, la fine fleur de la création “art de rue” du moment. Plus que 365 jours (approximativement) avant la prochaine édition… j’espère qu’ils passeront à toute allure pour revivre ces grandes émotions !

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Spectacles vus Dimanche 25 Mai 2025 dans le cadre du Festival Échappée Belle

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Photo de Une © Pierre Planchenault
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